En 1978, le Congrès des Etats-Unis adoptait la loi sur la liberté de religion des Indigènes Américains. Les points essentiels de cette loi sont la protection des sites sacrés, l'usage cérémoniel des plumes d'aigle et du peyotl et le droit, pour les prisonniers indiens, de pratiquer leur religion. La loi est censée établir une égalité entre les diverses religions...
Qu'en est-il réellement?

01Un prisonnier indien écrivait en janvier 1492  "Ici, de nombreux Blancs reçoivent chaque semaine la visite d'un prêtre. Ils ont droit à des lectures de textes religieux, à des chapelets pour la confession et à l'étude de la Bible pour les aider dans leur évolution spirituelle... La Pipe Sacrée m'a été refusée pour prier, ainsi que le tabac. Je n'ai jamais eu la possibilité de parler à un medicine-man ou à qui que ce soit qui puisse me donner des conseils spirituels.
Un prisonnier chippewa incarcéré à Florence (Arizona) déclare : "Les programmes (contre l'alcool et la drogue) sont basés à 98% sur des croyances chrétiennes. Cela n'aide en rien les prisonniers indiens. Je l'ai fait remarquer à l'un des éducateurs qui m'a assuré que le programme prenait en compte toutes les religions. Mais une minute plus tard, il parlait de Jésus et citait des passages de la Bible. Ensuite, lui et les autres ont essayé de me convertir au Christianisme. Je suis un Indien Je veux suivre les croyances et les traditions de mon peuple."

Au nom de la "sécurité"
Prétextant des raisons de sécurité, certains directeurs de prison interdisent totalement les objets rituels pouvant, selon eux, devenir des armes! C'est aussi au nom de la " sécurité " que le port des cheveux longs est interdit aux Indiens dans certaines prisons. La loi l'autorise pourtant explicitement, pour des motifs religieux. Mais certains directeurs prétendent que les cheveux longs peuvent dissimuler de la drogue, et même des armes ! Or les Indiens traditionalistes ne coupent leurs cheveux qu'en cas de deuil. Ceux qui refusent la coupe sont mis en isolement ou bien on leur coupe les cheveux de force. Certains prisonniers indiens ont porté plainte pour protester contre cette infraction à la loi.
Bien que cela soit encore trop rare, des leaders spirituels sont parfois autorisés à rendre visite aux prisonniers. En mars 1992, Ted Thin Elk, un ancien de Rosebud, a pu se rendre dans une prison d'Oklahoma, à la demande d'un groupe de prisonniers. Il a conduit une cérémonie de la Pipe devant des prisonniers extrêmement émus qui, pour la plupart, n'étaient pas lakota et, certains, même pas indiens. C'était la première fois qu'une telle cérémonie était tenue dans la prison. Prétextant que la sauge et certaines herbes, mélangées au tabac de la Pipe, sentent la marijuana, les gardiens persécutent les porteurs de Pipe. L'un d'eux, qui venait de conduire une cérémonie, raconte comment il a été tiré en pleine nuit de sa cellule afin de subir un test pour déceler la présence de marijuana dans son sang.

Favoriser la réinsertion
Un détenu chippewa fait remarquer que "les prisonniers indiens qui peuvent pratiquer leur religion en prison récidivent rarement, tandis que ceux qui en ont été empêchés, reviennent presque toujours. Cela est un fait, confirmé par les statistiques. " Les entraves mises à la pratique religieuse des prisonniers indiens doivent être replacée dans le cadre général du respect des droit indigènes. Un prisonnier incarcéré Auburn, dans l'État de New York, écrit: "Reconnaître nos droits religieux obligerai à jeter un regard sur nos autres droits reconnus par les traités et par la loi internationale ainsi que sur le respect qui est dû à tout être humain... Peut-être cela démontre-t-il aussi que nous ne sommes pas tous désireux d nous assimiler à l'Amérique démocratique du vingtième siècle."

Monique Hameau

Ecrire pour s'en sortir

"Pour les Amérindiens en prison, la survie passe surtout par la lutte pour préserver leurs droits religieux et leur identité culturelle. C'est une lutte de tous les instants. Chaque mot prononcé, chaque geste est un combat Un combat pour ne pas se laisser enfermer davantage dans un silence qui autorise l'arbitraire. La prison est un lieu d'anéantissement On continue à exister sans chaleur, sans couleurs, sans caresses, sans partage, sans larmes. La prison ne se raconte pas, elle se vit" (extrait d'une lettre de prisonnier amérindien de même que le texte anonyme ci-dessous).
"Les gens en prison ne pourront être sauvés que s'il se trouve d'autres gens pour partager leur sort et ce n'est pas l'administration qui les fournira. Il reste alors la solution que les prisonniers se sauvent eux-mêmes collectivement"

Le pouvoir de témoigner
Je m'appelle P. Je purge depuis 1986 une peine de 50 années d'emprisonnement. Dès mon arrivée en prison, j'ai été confronté à une expérience de "déshumanisation". Tout le monde porte la même combinaison. Il n'y a plus d'individus. C'est la première étape du processus. Les gardiens vous considèrent comme du bétail. Ils vous préparent à la réalité du monde carcéral. Ici, vous n'avez aucun droit. Vous êtes un numéro et vous êtes traité en tant que tel. Ils vous gardent un mois et ensuite vous dirigent vers la prison appropriée à votre cas. J'ai donc été envoyé dans un pénitencier d'État.
La discipline y est la même pour tous, quelle que soit la couleur de la peau. Quand l'administration pénitentiaire prend une sanction, elle l'applique à l'ensemble des prisonniers et pas seulement à ceux qui ont causé des problèmes. Il s'agit d'une punition collective. Et même si des règles interdisent son application, l'administration des prisons perpétue ces pratiques.
Chaque nouvel arrivant est informé des pratiques religieuses chrétiennes et musulmanes. Les religions amérindiennes ne sont jamais évoquées. Si vous êtes sourd, on vous donne des cours et une télévision spécialement conçus pour les malentendants. Par contre, Si vous ne parlez pas anglais, on vous laisse de côté. On peut trouver un aumônier ou un imam mais personne pour les prisonniers indiens. Comme beaucoup d'entre nous, je suis arrivé en prison avec peu de connaissances sur notre religion et sur ce que nous pouvions obtenir. J'ai reçu toutes sortes d'informations sur les autres religions ou sur les modes de transmission du SIDA, mais je n'ai jamais su à quoi je pouvais prétendre et quels étaient mes droits en tant qu'Amérindien. On m'a volé toute humanité et on m'a préparé à être seul.
Au pénitencier d'État, j'ai passé mes premières heures dans une cellule insalubre. La peinture était écaillée, la cuvette sanitaire rouillée et poisseuse. Même s'il n'y avait ni punaises ni rats, j'ai senti peser tout le poids de ma condamnation. J'ai été ensuite transféré vers une autre cellule qui n'était guère mieux. Nous étions en décembre et il faisait très froid. Seule une malheureuse vitre nous protégeait de la température extérieure. Après trois semaines de ce régime, j'ai obtenu un boulot à la bibliothèque de la prison et j'ai été placé dans une cellule avec chauffage central et air conditionné.
Au pénitencier, à mon arrivée, j'étais le seul Amérindien dans la cour. Les autres ne pouvaient pas sortit pour une raison ou une autre. La sweat lodge (1) a été la première chose que j'ai vue. Elle se trouvait devant la chapelle. Quand j'étais enfant, on m'avait enseigné qu'il fallait être invité pour participer à une cérémonie. Alors j'ai attendu... Quand, un jour, j'ai découvert qui se trouvait dans la sweat lodge, j'ai été choqué. Parmi la douzaine de détenus qui se trouvaient à l'intérieur, aucun d'entre eux n'était d'origine amérindienne. Finalement, des Amérindiens ont pu sortir de nouveau de leurs cellules tandis que d'autres sont arrivés au pénitencier. Certains d'entre eux étaient des parents, originaires de ma réserve. Durant pratiquement toute ma vie, je n'avais jamais eu de contacts avec des membres de ma tribu et je me suis retrouvé tout d'un coup parmi eux. Dès le début, on m'a accepté et personne ne m a demandé les raisons pour lesquelles je me trouvais ici. J'étais Amérindien, c'est tout ce qui comptait. Quand nous avons été suffisamment nombreux, nous avons repris possession de la lodge. Pas par la force, seulement par notre simple présence et notre volonté. Nous n'avons pas fait la guette aux Blancs et ceux qui manifestaient le souhait de rester l'ont fait.
Avant mon arrivée, certains frères s'étaient battus pour obtenir des droits concernant la sweat lodge. Ils ont porté plainte contre l'État afin de pouvoir prier comme les Blancs et les Noirs. Toutefois, les medecine-men ne sont pas autorisés à venir officier en prison aussi souvent que les représentants des autres religions. Un pasteur est présent en permanence, un prêtre cinq jours par semaine et un imam au moins une fois par semaine. Si un Amérindien a des problèmes, les aumôniers sont censés l'aider. Le Native American Religion Consultant peut venir quatre fois par an. Un observateur est constamment présent lors des cérémonies indiennes. Ce n'est pas le cas pour les autres religions.
La sweat lodge est située de manière à être visible de deux miradors. Elle est proche de l'allée d'où l'on peut lancer toutes sortes de projectiles dans notre direction. Avant chaque cérémonie, nous devons ramasser tous les mégots de cigarettes laissés par les autres prisonniers. Mais, en règle générale, la plupart des prisonniers respectent ce que nous faisons.
Je pense que si aucun Amérindien n'est présent dans ce pénitencier, la sweat lodge doit être fermée, car il n'y a pas de religion indienne. Si aucune des personnes présentes ne connaît le sens purificateur de cette cérémonie, elles ont tendance a l'utiliser à d'autres fins. Alors je crains qu'elle ne se transforme en sauna. Mais la sweat lodge n'est pas un sauna.
L'American Indian Religious Freedom Act.(loi sur la liberté de religion des Amérindiens) a eu un impact sur la vie des personnes qui tentaient de pratiquer leur religion à l'extérieur. En prison, il a été très limité, car le système carcéral ne voyait pas l'intérêt d'autoriser les Amérindiens à tenir une sweat lodge en prison. Seulement la moitié des huit établissements pénitentiaires de l'État possède une lodge.
En cas de problèmes, la réponse donnée est soit de boucler le récalcitrant soit de le transférer. Ainsi, le problème résolu. Ces pratiques, illégales, sont courantes dans les prisons, pas seulement à l'encontre des Indiens, mais à l'encontre de tous prisonniers pris en faute.
Au pénitencier, le système a été mis en place de telle manière que tout doit passer par la voie juridique. Chaque année, la presse est informée par l'État des dépenses occasionnées par les poursuites entamées par les prisonniers.
Mais existe-t-il une autre solution ? Quand l'État est en tort, il préfère obliger les prisonniers à saisir un tribunal plutôt que de reconnaître les raisons de ces plaintes. C'est cette négation, par le système, de l'individu, de son humanité et, pour finir, de sa culture qui motive notre lutte.
Ce que nous avons trouvé à notre arrivée devra encore exister quand d'autres viendront. C'est le seul héritage que nous pouvons laisser derrière nous. En espérant qu'ils ne failliront pas...

1. Hutte à sudation - la sweat-lodge est une cérémonie en elle-même et peut aussi être utilisée pour se purifier avant une "quête de vision", une "danse du soleil"

Correspondance avec des prisonniers amerindiens
02Depuis de nombreuses années, un réseau s'est installé en Europe pour permettre de correspondre avec des prisonniers amérindiens de droit commun incarcérés aux États-Unis et au Canada. Une lettre, un échange avec l'extérieur sont d'une extrême importance dans le milieu carcéral, notamment lorsque l'on sait qu'aux États-Unis de nombreux prisonniers sont enfermés 23 heures sur 24 dans leurs cellules. De plus, la plupart de ces détenus sont victimes de la discrimination, de la violence, de la répression et du racisme qui règnent dans les prisons en Amérique du Nord.
Cet échange de courrier permet de tisser des liens d'amitié enrichissants qui redonnent espoir et font parfois voler en éclats les murs des prisons.
Si vous parlez anglais et désirez correspondre avec des prisonniers amérindiens, ou issus d'autres minorités (Chicanos, Portoricains, Afro-américains...) au Canada et aux USA, une liste d'adresses est à votre disposition. Contactez: European Pen-Pal-Net for Ethnic Minority Prisoners (USA/Canada) c/o Annette Sanne, Zum Backenberg 4, D-37139, Güntersen, Allemagne. (P.S. : Si un problème survient lors de vos correspondances, veuillez SVP en référer à Annette Sanne, la coordinatrice en Europe.)


L'art en prison,un moyen d'évasion

"Peindre est un moyen d'examiner le monde, ce dont le système judiciaire des Etats-Unis m'a privé. C'est un moyen de voyager au-delà des murs et des barreaux de ce pénitencier. A travers mes peintures, je peux être avec mon peuple, en relation avec ma culture, ma tradition et mon esprit. Je peux observer de jeunes enfants souriants danser dans leur costume traditionnel, voir mes ancêtres en prière, soutenir le regard intense d'un guerrier. Lorsque je travaille ma toile, je suis un homme libre."
(Leonard "Gwarth-ee-lass" Peltier).

03_Peltier devant une de ses oeuvres
Leonard Peltier est devenu un artiste reconnu en prison. Il a peint et continue à réaliser de nombreuses toiles, s'inspirant de son héritage culturel. Chacune de celles-ci exprime l'identité des nations amérindiennes d'hier et d'aujourd'hui. Ses peintures les plus connues sont: Big Mountain Lady, Hawkman, Grand Ma Jumping Bull ... Plusieurs de ces toiles sont toujours exposées dans de nombreuses galeries à travers le monde. Certains de ses graphismes ont été reproduits sous forme de lithographies ou de cartes d'art, dans le but de récolter des fonds pour sa campagne de soutien et pour le bon fonctionnement de son comité de défense. Dans chacune de ses peintures, Leonard met une partie de lui-même. C'est une façon pour lui de partager la vie et de rester en contact avec la société, mais aussi de remercier le monde extérieur et tous ceux qui oeuvrent à sa libération.

Un projet pour les artistes en prison
Prenant conscience de l'importance de la peinture dans sa vie, Leonard Peltier a demandé à son comité de défense (LPDC) que des oeuvres réalisées par d'autres artistes amérindiens incarcérés soient présentées lors des expositions itinérantes de ses tableaux. Le LPDC a commencé à regrouper tableaux, dessins, sculptures, afin de les présenter au public, de récolter des fonds et d'assurer un soutien aux artistes. Récemment le LPDC a ajouté un nouveau programme à ses activités : le Crazy Horse Spirit Prisoner Arts Program afin d'aider les artistes amérindiens emprisonnés à retrouver confiance et à préparer leur réinsertion. Par ailleurs, ce programme aidera à fournir du matériel (pinceaux, peinture à l'huile, toiles, cadres...) aux artistes qui n'y ont pas accès. Dans certains pénitenciers, les prisonniers n'ont pas le droit d'utiliser de peinture mais seulement des pastels, des crayons ou de l'encre pour dessiner.

D'autres artistes amérindiens, tels Robert Knott, AI Benton, Glenn West et Mica se sont joints à cette initiative. Tous déclarent que leur vie en a été changée et qu'ils ont retrouvé l'espoir. Pour le plus grand bonheur de Leonard et du LPDC, tous ces artistes ont rejoint le Spirit of freedom, l'esprit de la liberté.
 

Sylvain Duez-Alesandrini
Source: Crazy Horse Spirit
Contact:
Crazy Horse Spirit Prisoner Arts Program
Michele Vignola C/O LPDC, PO Box 583,
Lawrence, KS 66044, USA.


Traitement inhumain réservé
aux prisonniers politiques

Il est évident que les prisonniers politiques aux États-Unis ne sont pas tous amérindiens. Qu'ils soient noirs, blancs, hispaniques, asiatiques ou membres des premières nations, tous subissent les conditions inhumaines de détention que le gouvernement américain réserve à ses dissidents.

1978, lors d'un entretien accordé au journal Le Monde, Andrew Young,
membre de la communauté noire, alors ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, avait déclaré "Il y a des centaines, peut-être même des milliers, de prisonniers politiques dans les prisons américaines" Cette phrase lui valut d'être révoqué sur le champ par le président Carter. Bien-sûr il ne saurait y avoir de prisonniers politiques aux Etats-Unis, pays de la liberté d'expression. Pourtant, ces centaines, ces milliers d'hommes et de femmes ont été arrêtés et jetés en prison, certains même condamnés à mort, à cause de leurs idées politiques ou de leur lutte pour les droits civiques. Ils ont été victimes du programme COINTELPRO (Counter Intelligence Program), appliqué par le FBI de 1956 à 1971. le FBI inventait contre eux des charges criminelles, sur la base de faux témoignages, de dissimulation de preuves, de refus de recours ou de pourvoi... Bien que le programme COINTELPRO ne soit plus en vigueur aujourd'hui, les méthodes du FBI demeurent les mêmes. Les militants se retrouvent isolés, traités par la presse et la justice d'assassins, de drogués, de violeurs... ce qui rend difficiles les mouvements de solidarité. La presque totalité de ces prisonniers appartient à des minorités ethniques et le racisme ambiant, exacerbé par la crise économique, rend leurs causes encore plus difficiles à défendre. On compte également parmi ces prisonniers politiques un certain nombre de Blancs emprisonnés à cause de l'aide pratique qu'ils ont apportée à l'action de ces minorités. Les prisonniers politiques sont, pour la plupart, incarcérés dans des Unités de contrôle, destinées à "mater les fortes têtes et les meneurs". Le plus tristement célèbre de ces pénitenciers "spécialisés" est celui de Marion (Illinois) où Leonard Peltier et Bobby Castillo ont étés incarcérés. En 1975, son directeur, Ralph Von, déclarait : "L'objectif de l'Unité de contrôle de Marion est de maîtriser les comportements révolutionnaires dans le pénitencier et dans la société extérieure." (sic) En 1987, Amnesty International a publié un rapport condamnant le pénitencier de Marion dans des termes extrêmement sévères. Ce rapport concluait que les pratiques de Marion violaient "les règles minimales des Nations-Unies pour le traitement des prisonniers" et ajoutait que les conditions carcérales à Marion constituaient un traitement cruel, inhumain et dégradant, condamné par la Constitution des Etats-Unis et par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de l'ONU"
Dans ce pénitencier, la plupart des hommes sont enfermés dans leur cellule 22 à 23 heures par jour, isolés des autres prisonniers. Ils subissent des brutalités physiques et psychologiques: passages à tabac, fouilles rectales et autres mesures dégradantes. Les prisonniers sont souvent allongés enchaînés sur leur lit, parfois durant plusieurs jours. Les visites sont très limitées, tout comme le droit de recevoir des lettres ou des fournitures pour écrire. La nourriture est insuffisante, l'accès aux soins médicaux minimal. Le pénitencier est surveillé par des gardes réputés pour leur brutalité. Les effets suicidaires de l'isolation sensorielle et des programmes de "modification du comporte-ment" qui y sont pratiqués sont alarmants. Cette Unité de Contrôle a un taux de suicide cinq fois supérieur au taux national.
Les prisonniers politiques non-indiens les plus connus sont le pasteur noir Ben Chavis et "les Dix de Wilmington", David Rice et Ed Poindexter, tous deux membres des Black Panthers Johnny "Imami" Harris, libéré sur parole en 1991 après une première condamnation à mort et douze ans de prison, Terrence Johnson, incarcéré en 1978 à l'âge de quinze ans et qui vient d'être libéré après seize ans d'emprisonnement. On compte également parmi ces prisonniers politiques les dirigeants des Black Panthers Elmer
Geronimo " Pratt, toujours emprisonné depuis 1968, condamné à la prison à vie, et Richard Moore, alias Dhoruba Bin Wahad, condamné en 1973 et qui obtint un non-lieu en 1990 après dix-sept ans d'emprisonnement. Tous deux ont été victimes de coups montés par le FBI. C'est également le cas de Mumia Abu-Jamal, ancien président du syndicat des journalistes noirs, condamné à mort en 1982 et qui est toujours, aujourd'hui, dans le "couloir de la mort".

Robert Pac, journaliste, auteur de Les guerres indiennes aujourd'hui. Ed. Messidor, Paris 1989.

Sauvagerie sous haute surveillance
Un jeune prisonnier lakota-arapaho a été sauvagement assassiné dans sa cellule par deux détenus qui menaçaient depuis longtemps de "tuer ce peau-rouge". Les faits se sont déroulés dans une prison de haute-sécurité du Wyoming, sous l'oeil d'une caméra de surveillance, alors que les gardiens étaient occupés à boire un café... La jeune victime a été poignardée à trente reprises, éventrée, scalpée et ses yeux crevés. Le jeune-homme qui s'était senti en danger en avait fait part à sa famille dans différents courriers et avait vainement demandé à ses gardiens de changer de cellule. L'administration couvre les surveillants et la famille redoute que l'affaire ne soit étouffée.
 

Derrière les barreaux de I'amnésie

Bobby Castillo, membre de la nation apache et militant de l'American Indian Movement, a fait personnellement la tragique expérience du racisme aux Etats-Unis. Il a passé 14 ans dans d'odieux pénitenciers fédéraux comme Lompoc ou Marion où il a rencontré Leonard Peltier, qui est devenu l'un de ses meilleurs amis. Désormais libre Bobby continue à lutter et à se battre pour tous ceux qui sont incarcérés. lI est membre du bureau directeur de Freedorn Now, une commission nationale de soutien aux prisonniers politiques aux USA. Lui-même victime du système pénitentiaire américain, il continue de témoigner pour tous ceux qui ne le peuvent pas.

Nitassinan - En tant que porte-parole international de Leonard Peltier, peux-tu nous dire quelle va être, à ton avis, I'issue de cette histoire?
Bobby Castillo - Tous les recours en justice étant épuisés, le seul espoir qui nous reste de voir libérer Leonard est que Bill Clinton lui accorde la grâce présidentielle. Le FBI a entamé depuis quelques mois une campagne de propagande au moyen d'encarts payants dans plusieurs médias nationaux pour prévenir une éventuelle libération de Leonard. Ils ont même payé pour qu'un journal amérindien du nom de Indian Country Today publie un de ces articles. Comme de nombreuses communautés amérindiennes, nous avons été très choqués qu'un journal indien ait accepté de propager de tels mensonges, de telles distorsions de la vérité. Cet article, long d'une page entière, demandant que le président Clinton n'accorde aucune clémence à Peltier, nous a fait mal au coeur. Il comporte plus de trente points inexacts, concoctés par le FBI et nous sommes en train de mettre au point des modalités d'action pour stopper cette manoeuvre de propagande qui vise à discréditer Leonard PeItier. C'est parce que les chances d'obtenir la grâce présidentielle de la part de Bill Clinton s accroissent que le FBI réagit de la sorte. Il n'avait plus publié d'encarts dans la presse depuis 19 ans, et voilà qu'il recommence aujourd'hui. Mais le temps nous est compté et il faut accroître la pression, car si Clinton n'accorde pas rapidement la grâce présidentielle, nos derniers espoirs pourraient disparaître. En effet, les résultats des dernières élections laissent à penser que l'actuel président des Etats-Unis ne sera pas reconduit dans son mandat en 1996. Les conservateurs, qui sont très à droite, ont remporté récemment la majorité des sièges à la Chambre des Représentants et au Sénat. Le prochain président des Etats-Unis sera vraisemblablement un conservateur. Ce sera la première fois depuis la seconde guerre mondiale que les conservateurs détiendront à la fois la Chambre des Représentants, le Sénat et la présidence. Cette époque, rappelons-nous, fut celle de McCarthy, où l'on arrêtait les gens simplement parce qu'on les soupçonnait d'être communistes. Avec un gouvernement conservateur dans deux ans, nos chances de voir libérer PeItier seront pratiquement nulles. Les deux prochaines années seront déterminantes. Nous aurons besoin de beaucoup de soutien et d'aide venant du monde entier.
Le FBI s'acharne contre Peltier pour protéger des documents compromettants

N. - Pourquoi toutes ces pressions sont-elles exercées pour maintenir Peltier en prison? Pourquoi cet homme doit-il payer pour un acte qu'il n 'a pas commis?
B.C. - Le gouvernement a caché aux avocats de Peltier et à l'opinion publique de nombreux documents. Nous savons aujourd'hui que le gouvernement des États-Unis était impliqué dans un programme secret appelé COINTELPRO, élaboré par le FBI. Il semble qu'à cette époque, les États-Unis s'étaient engagés dans une guer-re contre l'American Indian Movement et les peuples amérindiens en général. Pas une guette habituelle, une guette cachée, basée sur le mensonge, la diffusion de fausses rumeurs sut les membres actifs de notre mouvement et sur l'emprisonnement, voire l'assassinat de nos militants et de ceux qui les soutenaient.
A présent, ils ont peur. Car si Peltier est libéré, un tas de documents tenus jusqu'ici secrets seront rendus publics. Ces documents démontreraient toutes les violations des droits de l'Homme commises aux Etats-Unis, tous les crimes et les génocides perpétrés contre les peuples indigènes au cours des seules vingt dernières années. Les Etats-Unis ne veulent pas ternir leur image, alors ils étouffent toutes ces affaites en fermant le couvercle, en gardant un homme innocent comme Peltier enfermé à double tour, et en cachant tous ces documents compromettants.

N. - Peltier est devenu un symbole et son cas témoigne du racisme régnant dans la société américaine. Toutes les minorités souffrent-elles de la même discrimination face à la justice ?
B.C. - Les Amérindiens ne sont pas seuls à être maltraités par le gouvernement et le système judiciaire. Les Afro-américains, les Chicanos, les Amérindiens et même de nombreux Blancs incarcérés sont confrontés à des situations odieuses. Mais il est vrai que la majorité des personnes emprisonnées sont des personnes de couleur.
Il y a plus d'un million et demi de prisonniers actuellement aux U.S.A. et selon de nombreuses statistiques, la population pénitentiaire va tripler avant l'an 2000. L'une des raisons est la mise en application d'une loi appelée "trois coups et vous êtes hors-jeu."
( "Three strikes and you're out", un ancien terme de base-ball). Le mois dernier, j'ai assisté avec Lee HilI, l'un de avocats de Peltier, à l'audition d'un jeune Chicano de vingt ans devant la Cour de justice de Californie. Il y a 2 ans, ce jeune homme avait été arrêté et jugé pour le vol de deux autoradios, puis incarcéré un an et demi pour ces deux délits. Après s'être acquitté de sa peine, il essaya de trouver du travail, sans succès. Le temps passant, toujours sans argent, il eu besoin d'un nouveau pantalon. Il tenta de chaparder une paire de jeans mais se fit prendre. Condamné deux fois déjà pour le vol des autoradios, ce troisième délit le faisait entrer dans le cadre de la "loi des trois coups". Jugé dans ce contexte, il devra être condamné prochainement à une peine minimum allant de 25 ans de réclusion à la prison à perpétuité, car c'est ce qui est stipulé dans cette loi. Il va devoir passer au moins 25 ans en prison pour avoir essayé de voler une paire de jeans!

Three strikes and you are out!
Un grand nombre de jeunes Noirs sont arrêtés quotidiennement aux Etats-Unis. Ils commettent beaucoup de délits parce qu'il vivent dans des conditions d'extrême pauvreté. Le seul choix que la société leur offre dans la vie, c'est voler ou dealer. Ils n'ont d'autre alternative économique pour survivre. A présent, ils encourent un minimum de vingt-cinq ans de prison et jusqu'à la perpétuité s'ils se font attraper trois fois, pour n'importe quel délit. Dans le seul État de Californie, cela a entraîné l'an dernier un accroissement démesuré de la population carcérale. Celle-ci ne fait qu'augmenter car peu de prisonniers sont libérés, un plus grand nombre étant condamné à de lourdes peines.
Cette loi est très dangereuse pour les Indiens, qui vivent dans les réserves une situation de grande pauvreté, subissent un taux de chômage de 70 à 90 % et connaissent une délinquance croissante. Si vous êtes arrêté sur une réserve pour avoir participé à une bagarre sous l'emprise de l'alcool, que l'on vous reprend pour conduite en état d'ivresse et que pour finit, on trouve un peu de marijuana dans votre poche, c'est fini pour vous : "trois coups et vous êtes hors-jeu". Quand on sait que les Amérindiens vivent dans  les pires conditions économiques d'Amérique, on peut comprendre que de tels cas sont fréquents. La majorité de nos jeunes a connu la malheureuse expérience de la prison. C'est en partie pour leur porter assistance et trouver une alternative à cette fatalité que l'AIM s'est créé. Comme l'a déclaré Carter Camp (1)  "nous devons trouver une meilleure destinée pour nos peuples que de finir en prison".
N. - Nous avons eu des informations concernant la mise en service aux Etats-Unis de pénitenciers d'un nouveau genre, comme celui de Pelican Bay ou de Florence...
B.C. - Ces nouvelles prisons ont été dessinées pour limiter les mouvements et restreindre les contacts humains entre les prisonniers. Le concept est basé sur une privation totale des sens. Vous vivez dans une cellule éclairée jour et nuit par une lumière artificielle que vous ne pouvez pas éteindre. Vous n'avez aucune possibilité d'apercevoir les rayons du soleil. Vous êtes enfermé 24 heures sur 24 et chaque fois que l'on vous sort de votre cellule, on vous passe les menottes. Même hors de la cellule, vous êtes toujours en cage. Dans ces conditions, on peut parler de torture.
J'ai moi-même passé 14 ans en prison et j'ai subi de nombreuses privations. Je sais parfaitement ce qu'est l'isolement carcéral total et ses effets sur un être humain. Je suis un témoin, une victime de tout cela, et j'ai vu beaucoup de mes co-détenus se pendre pour ces raisons. Mais à cette époque, nous avions au moins des contacts humains, on pouvait se parler en criant d'une cellule à l'autre, on s'aidait mutuellement à tenir le coup. Le nouveau système carcéral enlève au prisonnier tout ce qui peut lui donner un peu d'espoir. Il ne lui reste que la solitude. C'est pourquoi je pense que même les plus durs tenteront un jour ou l'autre de se suicider.
On vous envoie dans ces pénitenciers pour n'importe quel délit à cause de cette "loi des trois coups". Pour faire passer cette loi en Californie, les politiciens ont présenté aux médias des cas de criminels violents, des crimes abominables. Alors tout le monde a approuvé de telles mesures. Mais la loi ne s'applique pas uniquement à ces crimes. C'est comme cela aujourd'hui en Amérique. C'est de la folie, voilà la réalité à laquelle nous devons faire face, au quotidien.
Cette loi a suscité de nombreuses manifestations en Californie. Elle a été mise en place par un grand nombre d'Etats et a été ratifiée au niveau fédéral par Bill Clinton. Aujourd'hui, règne chez la population blanche des États-Unis un sentiment de haine, un racisme poussé à l'extrême. Ils savent qu'une telle loi les affectera peu personnellement parce que, pouvant s'offrir les services d'un bon avocat, ils pourront plaider coupable d'actes mineurs qui ne relèvent pas de la "loi des trois coups". Il n'en va pas de même pour nous, Amérindiens, Afro-américains, mexicains. A cause de notre situation économique, on nous commet d'office des avocats surchargés, qui nous proposent de plaider coupable même s'ils savent que nous ne le sommes pas. De toute façon, dans leur esprit, des gens comme nous finiront nécessairement en prison. Aucun politicien libéral ne s'est élevé contre cette loi et je suis sûr qu'aucun ne le fera de crainte de ne pas être élu. Aux Etats-Unis, les gens se moquent des politiciens qui prônent l'équité et se soucient des marginaux.

Interview réalisée à Vienne (Autriche) en novembre 1994. traduction Sylvain Duez-Alesandrini

1. Carter Camp, militant de l'AIM et vétéran de l'occupation de Wounded Knee en 1973.

Le Cheyenne qui "parle rouge"

Une interview de Lance Henson présentant la situation actuelle du peuple Sahiela (Cheyenne).

Nitassinan - Certaines tribus cherchent à récupérer une partie de leurs terres traditionnelles. Les Cheyennes d'Oklahoma ont-ils des revendications territoriales?
Lance Henson - Nous avons d'importantes revendications territoriales dans la région où nous vivons. Nous soutenons réellement tout indigène qui lutte pour garder sa terre. Nous sommes en relation avec la majorité des tribus à l'extérieur des États-Unis. Nous nous reunissons dans des endroits comme Genève et aussi chez nous. Nous connaissons la condition tragique de nombreux peuples qui n'ont pas de traités avec leurs gouvernements. Dans ce cas, le gouvernement peut leur faire à peu près tout ce qu'il veut. Les témoins sont une sauvegarde. Mon peuple est conscient de cette situation et nous sommes solidaires de ces peuples. La souveraineté devrait nous ouvrir une voie légale qui nous permette de protéger les droits des peuples indigènes à travers le monde. La société qui domine ce monde est effrayée par les peuples indigènes qu'elle ne nous accorde même pas un siège aux Nations Unies. De quoi ont-ils peur ? Ils craignent que les gens de la société dominante se rendent compte que ce qu'on leur à appris est faux. Le capitalisme est là et si vous croyez en lui, vous pouvez être victime les gouvernements dominants. Par deux fois mon peuple a essayé de venir à bout de l'État d'Oklahoma. L'an dernier, nous vivons bloqué les routes autour de notre réserve. Le gouvernement de l'Oklahoma a réagi comme à l'habitude, en nous bloquant avec des camions. Nous sommes toujours un peuple guerrier et nous sommes solidaires des autres tribus qui luttent pour leurs terres.

N. - Parlez-nous des problèmes de l'alcool et de la drogue...
L.H. - Le rituel nous enseigne à vivre en équilibre. Il y a un problème dans la population indigène. La violence contre soi-même vient du fait que nos systèmes de valeurs ne sont reconnus ni par les historiens, ni par les organisations mondiales qui nous regardent comme des gens arriérés et compliqués. Le fait que la société dominante ne reconnaisse pas nos croyances nous fait souffrir et nous renvoie une image dévalorisante de nous-mêmes.

N. - Les Cheyennes peuvent-ils oublier Sand Creek et Wachita River?
L.H. - Pour moi, les blessures sont guéries. Mais la métaphore se poursuit parce que tout ce qui nous arrive n'est pas conçu comme une chose du passé, mais comme une chose actuelle. L'une des raisons pour les-quelles nous avons continué à lutter si fort est le sentiment que notre histoire n'est pas dans nos livres, mais dans nos rituels. Nous nous souvenons de Sand Creek, nous nous souvenons de Wachita comme s'ils étaient là, lorsque nous nous rencontrons. Mais la force du rituel est ce qui nous permet de nous concentrer sur la colère et de la surmonter. Nous sommes menacés, et ce depuis 500 ans. La lutte ne s'est pas arrêtée à Wounded Knee. Elle est devenue une bataille judiciaire devant la Cour Suprême.

N. - L'éducation pour les jeunes Indiens est-ce pour vous celle des Blancs ou cette donnée par la famille, la communauté?
L.H. - Crazy Horse et Sitting Bull n'ont pas eu besoin d'éducation, ils n'en auraient rien fait. Le système de l'homme blanc,
j'essaie de l'utiliser contre lui. L'anglais n'est pas ma langue. J'ai une maîtrise du Collège de la Fondation Ford et je suis diplômé de l'Université de Tulsa, Oklahoma. Quand je sui sorti du lycée, mon grand-père m'a dit d'apprendre la langue de l'homme blanc et ses façons de faire, et de revenir à la maison et de les utiliser contre lui. C'est ce que font beaucoup d'entre nous qui écrivent des histoires et des poèmes. Ce sont des outils dont nous avons besoin. Nous ne voulons pas construire des murs avec ces outils, mais des ponts de compréhension entre les gens afin de pouvoir nous aider les uns les autres à sauver l'environnement de l'homme.

N. - Y a-t-il des écoles alternatives où les Cheyennes peuvent apprendre ou réapprendre leur langue?
L.H. - Comme les Lakota, les Cheyennes ont un collège sur leur réserve, Doma College. C'est un collège sous contrat, mais il enseigne aussi la langue et les manières de vivre du peuple. A l'Université d'Oklahoma, un programme de langue cheyenne a fonctionné sporadiquement ces deux dernières années. Il doit continuer parce que nos rituels sont conduits dans notre langue. C'est ainsi que nous sommes restés forts. Dans la société traditionnelle, avant votre naissance, vous participez au rite de la vie cheyenne. La femme qui porte un enfant doit participer aux cérémonies. Ainsi, l'enfant dans le sein de sa mère perçoit la réalité cheyenne, le tambour, les chants. Vous ne pouvez pas naître chef dans ma tribu, vous devez le mériter progressivement. Avant l'âge de vingt ans, vous n'êtes pas qualifié parce que nous n'avez pas encore participé à suffisamment de rituels pour avoir appris la langue, pour connaître le peuple.

N. - Les Cheyennes avaient-ils une culture spécifique par rapport aux autres Indiens des Plaines?
L.H. - Chaque tribu a ses propres rites, sa propre perception. Les Arapahoe d'Oklahoma ont une Danse du Soleil dont nous ne connaissons rien. Les Cheyennes du Sud ont une Danse du Soleil et les Arapahoe y viennent quelquefois comme chanteurs, mais ils n'y participent pas habituellement. Chaque tribu doit préserver son propre sens du rituel et sa participation à ce rituel, et c'est ainsi que nous avons vécu depuis toujours. Depuis ces dernières années, les Oglala ont offert leur Danse du Soleil à chacun, à tout peuple indigène qui avait perdu ses grandes cérémonies. Ils étaient l'année dernière en Californie. Bien que la vie des Oglala soit difficile, ils ont gardé ce sens profond de l'engagement vis-à-vis des autres nations, des nations indigènes du monde, et en cela, ce sont eux les plus courageux. j'ai rencontré les Yanomami au Brésil, les Maori de Nouvelle-Zélande. J'étais aussi en Guinée et avec les Mhong en Thaïlande. Cela a été un grand honneur pour moi de voyager parmi toutes ces tribus. En leur parlant, j'ai pris conscience que nous étions tous frères et soeurs.

N. - Dans une interview, vous dites "travailler sur les choses qui font un ou une Cheyenne". Que voulez-vous dire ?
L.H. - Je parlais de l'immersion, s'immerger dans une croyance rituelle afin de devenir un homme ou une femme cheyenne. C'est un système global qui exige toute une vie d'apprentissage. J'aurai 50 ans cette année et je suis toujours en train d'apprendre à propos de cette force dynamique que constitue la vie cheyenne. Nous devons commencer à suivre nos propres projets et à tourner le dos au système du welfare (1) que le Bureau des Affaires Indiennes nous a imposé.

N. - Les Indiens actuels forment-ils réellement des nations souveraines, ou bien sont-ils de simples citoyens américains?
L.H. - Y a-t-il des fonctionnaires du gouvernement américain ici ? Vous comprenez que cela me coûterait mon passeport... Je déclare une guerre personnelle contre le gouvernement américain, je rejette ses valeurs, ses systèmes parce qu'il a assassiné mon peuple. Je pense que les tribus qui ont été exterminées par le gouvernement américain devraient porter plainte contre lui pour génocide. Nous ne voulons pas, nous n'avons jamais voulu être des esclaves. Nous en avons assez d'être des victimes. Maintenant, nous sommes éduqués, nous avons des avocats, des sociologues qui sont acceptés par la société dominante. Nous attendons de rentrer chez nous, pour vivre comme nous devons vivre, parmi notre peuple, dans la souveraineté.

1. Aide sociale

Interview et traduction: Viviane Charpentier et Monique Hameau.

source : www.csia-nitassinan.org