Amnesty International a exhorté le jeudi 5 octobre les autorités fédérales du Mexique à mener une enquête sur les 23 signalements de violences sexuelles commises par les forces de sécurité à San Salvador Atenco il y a cinq mois, lors d'opérations policières, et à faire en sorte que les victimes obtiennent justice.

Cet appel intervient au moment où l'organisation révèle dans un rapport rendu public ce jeudi 5 octobre de nouveaux éléments tendant à prouver que les autorités de l'État de Mexico n'ont pas enquêté de manière approfondie sur les allégations selon lesquelles des policiers auraient infligé des violences sexuelles à des femmes en garde à vue, et qu'elles ont cherché à occulter les preuves de telles violences.

«Les autorités de l'État ont attribué la charge de la preuve aux victimes, tout en cherchant à discréditer les allégations de celles-ci, a déclaré Kerrie Howard, directrice adjointe du programme Amériques d'Amnesty International.
Les conflits d'intérêt et le manque d'impartialité flagrant qui caractérisent l'enquête au niveau de l'État ouvrent la voie à l'impunité

«Il est grand temps, compte tenu de la gravité de ces crimes et de l'incapacité des autorités de l'État à enquêter de manière efficace sur ces allégations de violences, que la procureure fédérale spéciale chargée d'enquêter sur les violences contre les femmes prenne la relève, a ajouté Kerrie Howard. Aux termes du droit international, ces crimes sont des actes de torture et les autorités doivent veiller à ce que les responsables de ces agissements soient tenus de répondre de leurs actes.»

Plusieurs victimes ont déclaré aux délégués d'Amnesty International que les autorités de l'État de Mexico ne les avaient pas autorisées à porter plainte et ne leur avaient pas offert l'attention médicale et psychologique indispensable à la collecte d'éléments de preuve déterminants dans les affaires de violences sexuelles.

Maria Garcia (nom d'emprunt) a déclaré à Amnesty International que lorsqu'elle avait informé l'agent du bureau du procureur de l'État qu'elle voulait porter plainte pour viol, un autre fonctionnaire, qui supervisait l'enregistrement des déclarations, a annoncé que la question du viol ne pouvait pas figurer sur la déclaration et a arraché la feuille de la machine à écrire.

Margarita Reyes (nom d'emprunt), autre femme victime de violences sexuelles en détention a déclaré : «Lorsque je suis arrivée à la prison, le médecin légiste n'a pas voulu certifié que j'avais été violée. Je trouve cela injuste que l'on puisse ne pas me croire, que quelqu'un puisse penser que j'ai tout inventé.»

«Cette affaire donne peut-être une dernière occasion au gouvernement de Vicente Fox de faire la preuve de sa réelle volonté de mettre fin à l'impunité en cas de violences contre les femmes et d'honorer ses obligations en ce qui concerne le respect des droits humains à l'intérieur du pays», a conclu Kerrie Howard.

Complément d'information
Ces femmes faisaient partie des 211 personnes arrêtées lors d'une opération policière de deux jours à Texcoco et San Salvador Atenco, dans l'État de Mexico. L'opération avait pour objectif de mettre fin à un mouvement de protestation d'une organisation locale d'agriculteurs, le Front des peuples pour la défense de la terre.

À ce jour, sept femmes et 21 hommes sont toujours détenus sous l'accusation d'enlèvement de policiers pendant la manifestation.

Amnesty International exhorte les autorités à veiller à ce que les poursuites engagées contre les personnes toujours détenues ou en liberté sous caution respectent les normes internationales d'équité des procès ; elle demande également qu'une enquête exhaustive et impartiale soit menée sur les violations des droits humains commises pendant l'opération policière à Atenco.

Les membres d'Amnesty International de cette région du monde – en Argentine, au Canada, au Mexique, au Paraguay, au Pérou et en Uruguay – et en Espagne, vont également demander aux représentants du gouvernement mexicain dans leur pays de veiller à ce qu'une véritable enquête soit menée dans les plus brefs délais.

Le rapport Mexico: Violence against women – justice denied in Mexico State, est disponible sur le site de l'organisation, à l'adresse suivante :
http://web.amnesty.org/library/index/engamr410282006