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Jérôme Cabot
chargé de mission à l’action culturelle
05 63 48 19 70
jerome.cabot@univ-jfc.fr

Objet : festival étudiant Complot sur le campus

 

Albi, le 13 juin 2007

 

Monsieur le Maire,

 

Les 25, 26 et 27 avril derniers, sur le campus albigeois du Centre Universitaire Jean-François Champollion, s’est déroulée la deuxième édition du festival Complot sur le Campus, organisé par les associations étudiantes, sous la houlette du service de l’action culturelle de l’établissement, pour laquelle je suis chargé de mission.

Ce festival est gratuit et ouvert à tous. Ses objectifs sont multiples : il entend offrir au plus grand nombre une culture de qualité, festive, originale, ouverte sur le monde et accessible – concerts, théâtre, slam, graf, bref une culture qui se démarque de l’ordinaire médiatique, de la télévision et des multiplexes ; il veut faire partager les valeurs de l’éco-citoyenneté et de la solidarité, par des jeux, des débats, des tables rondes, des stands d’information ; et surtout, il ambitionne de faire la démonstration en acte de la possibilité et des vertus de la responsabilisation et de l’engagement des jeunes. Le festival ne vit que par la mobilisation d’une grosse centaine d’étudiants bénévoles, parfois depuis le mois d’octobre, et cette mobilisation représente des milliers d’heures de travail. Certains d’entre eux sont d’ailleurs des « anciens » qui reviennent sur le campus pour l’occasion. C’est une belle leçon de citoyenneté active, qui a d’incontestables effets d’entraînement et d’émulation sur la jeunesse albigeoise.

Ainsi, pendant trois jours, un public albigeois de tous âges et de toutes origines a pu se rendre sur un campus qui n’avait jamais été aussi ouvert. Mais en outre, un public non négligeable est venu de tout le Tarn, de Gaillac, de Castres, de Mazamet, et au-delà de Haute-Garonne ou d’Aveyron. L’événement a d’ailleurs bénéficié d’une couverture médiatique qui excédait le Tarn, et allait jusqu’à France-3 et Sud-Ouest dimanche. En tout, on peut estimer à 3500 personnes minimum l’affluence cumulée des trois jours.

De nombreux partenaires associatifs et institutionnels se sont impliqués dans l’événement. Des enseignants, gestionnaires et chefs d’établissements d’une demi-douzaine de collèges et lycées du Tarn ont participé aux tables rondes portant sur la prise en compte du développement durable dans l’enseignement et la gestion des établissements scolaires, aux côtés de représentants du Conseil général et du Conseil régional. Plusieurs centres de loisirs ont amené une centaine d'enfants issus de tous les quartiers d'Albi sur les animations des après-midi proposées par les associations étudiantes, auxquelles ont également participé une classe de lycéens et un groupe d’adultes handicapés. Une dizaine de structures culturelles ont participé à la table ronde sur l’organisation d’éco-festivals respectueux de l’environnement. Les partenaires habituels de l’action culturelle, tels que la Scène nationale d’Albi ou Radio Albigès, ont amplement contribué à la réussite du festival. Enfin, les organisateurs avaient fait le choix de s’adresser à de petits producteurs locaux pour les produits alimentaires (fromages, fruits et légumes, viandes, jus, etc.).

Bref, c’était une manifestation festive, éco-citoyenne et culturelle telle qu’il y en a, à ma connaissance, fort peu à Albi. Le CUFR finance le festival à hauteur de plus de la moitié du budget, qui s’élève à un total de 25000 €. En termes de pédagogie, de convivialité et de notoriété, c’est incontestablement un événement essentiel dans la vie de l’établissement. Mais c’est aussi un événement important dans la vie culturelle, citoyenne et associative de la ville, et au-delà.

Or, si l’on en croit une simple promesse verbale, la Mairie d’Albi se contentera d’un financement de 300 €, sur les 2000 € que l’association étudiante des Comploteurs festifs avait sollicités en soumettant au service Jeunesse et Sport un dossier complet et argumenté. 300 €, c’est un peu plus de 1 % du budget total, soit la moitié du coût des gobelets compostables, ou encore le quart du cachet d’une tête d’affiche d’un soir. On peut donc reconnaître à la Mairie d’Albi le mérite d’avoir financé 25 minutes du concert d’Alif Sound System. Voire 10 minutes seulement, si l’on y inclut le coût de la sonorisation, de l’éclairage, de la SACEM et de la restauration des artistes. Certes, ce n’est pas rien ; mais vous reconnaîtrez, Monsieur le Maire, que c’est très peu. Les arguments invoqués pour justifier pareille parcimonie étaient le manque de notoriété et de maturité de l’événement. Je pense que le bilan que j’ai retracé ci-dessus invalide totalement de telles objections. Mais visiblement, le festival Complot sur le campus n’avait pas l’heur d’être suffisamment connu des interlocuteurs que les étudiants ont sollicités à la Mairie ! Il semble pourtant inconcevable qu’un quelconque observateur de la vie albigeoise puisse ne rien connaître de l’événement. La première édition du festival avait déjà drainé un public non négligeable, et connu une couverture médiatique substantielle ; en outre, j’ai veillé à ce que la Mairie soit représentée par madame Sandrine Camman, directrice de son service culturel, au sein de la commission du FSDIE que je préside, et qui étudie et finance les projets étudiants de notre établissement ; enfin, le secrétaire général du CUFR n’avait pas manqué de convier la Mairie à la réunion de préparation du festival, à laquelle ont participé la Préfecture, le Commissariat de police, le bureau de l’association des Comploteurs festifs, la Direction et l’Action culturelle du CUFR – mais malheureusement pas la Mairie.

La ville d’Albi connaît-elle tant d’événements de cette nature, pour que la Mairie puisse ainsi ignorer superbement le festival des étudiants de Champollion, et même se dispenser d’un simple geste financier, vital pour la pérennisation de la manifestation, en dépit des nombreuses tentatives de concertation, des sollicitations et des invitations multiples, toutes restées infructueuses ? La dommageable conclusion que l'on risque de tirer de l’histoire, à tort ou à raison, est que la Mairie semble préférer reprendre clefs en main tel festival déjà connu et bien rodé, plutôt que d’avoir au préalable à en encourager et en soutenir financièrement l’émergence par le développement d’une vie associative digne de ce nom.

Pour toutes ces raisons, considérant qu’il y a là soit une erreur d’appréciation, soit un choix politique éminemment contestable, j’ai décidé, en tant que chargé de mission à l’action culturelle du CUFR Champollion, co-organisateur de l’événement et accompagnateur de la vie associative étudiante, d’adresser une copie de ce courrier à la communauté universitaire du CUFR, aux partenaires associatifs et culturels, et à la presse. En espérant que cette tribune contribuera à ce que l’action associative, notamment dans les domaines de la culture, de la citoyenneté et de la vie étudiante, bénéficie à l’avenir d’une reconnaissance accrue de la part de la Mairie d’Albi, je vous prie, Monsieur le Maire, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Jérôme Cabot

Maître de conférences en Littérature française
Chargé de mission à l’action culturelle au CUFR Jean-François Champollion