08 avril 2008
Survie Info n° 31. Spécial "Moi(s) contre la Françafrique"(7 Avril - 13 Mai 2008)
Survie lance aujourd'hui son "Moi(s) contre la Françafrique" qui se déroulera du 7 avril au 13 mai
En 1958, l’instauration de la
Vème République par le général de Gaulle (rappelé au pouvoir en pleine
guerre
d’Algérie) coïncide avec la mise en place de la Françafrique, devenue
en
quelque sorte consubstantielle d’une République qui s’attachera,
jusqu’aujourd’hui encore, à garder une haute main sur les pays
africains et leurs
ressources naturelles.
La stigmatisation des 50 ans de cette politique, non démocratique, est
pour
nous l’occasion d’appeler à un changement réel et à une véritable
rupture dans
ces pratiques par un assainissement des relations franco-africaines. Conférences-débat, projections,
manifestations, concerts, sont organisés un peu partout en France
au cours du "Mois contre la Françafrique" grâce à
la vingtaine de groupes locaux de Survie, mobilisant ainsi plusieurs
centaines
de militants et interpellant quelques milliers de citoyens.
Pour retrouvez les évènements consultez
l’agenda ci dessous et sur http://survie-france.org/article.php3?id_article=1142
Téléchargez le dossier de
presse :
http://survie-france.org/IMG/pdf/DossPresse_Moi_s_Francafrique_Survie2008BAT.pdf
1958-2008 : 50 ans de République
Françafricaine. Communiqué de Survie
du 7 avril 2008
Aujourd’hui, 7 avril 2008, on commémore le douloureux 14ème
anniversaire du début du génocide des Tutsi au Rwanda qui, du 7 avril
au 4 juillet 1994 a fait environ 1 million de victimes. Ce plan
machiavélique d’extermination d’individus pour le simple fait d’être «
tutsi » (ou pour s’être opposés à cette extermination) a été mis en
œuvre grâce au soutien politique, diplomatique, militaire et financier
que la France a apporté au régime d’apartheid de Juvénal Habyarimana
dans un premier temps, puis aux génocidaires pendant et après le
génocide lui-même. Lire le communiqué :
http://survie-france.org/article.php3?id_article=1147
Découvrez POMP'AFRIC le
nouveau t-shirt de l'association :
http://survie-france.org/article.php3?id_article=671
A l'occasion
de "Mois",
Survie lance une campagne promotionnelle
d'adhésion : "1 adhésion à
partir de 25 euros = 1 Livre blanc offert". Alors profitez-en.
Offre valable jusqu'au 1er juin : Téléchargez le bulletin d'adhésion :
http://survie-france.org/article.php3?id_article=13
Présentation du Livre blanc pour une
politique de la
France en Afrique responsable et transparente sur :
http://survie-france.org/article.php3?id_article=1062
Actualité
21 mars 2008. Eviction de
J.M. Bockel. La Françafrique, on l’aime ou on la ferme. Communiqué
de Survie
Le dessaisissement de Jean-Marie Bockel du
portefeuille de Secrétaire d’Etat à la Coopération, dans le cadre du
remaniement ministériel post-municipales, est une véritable sanction à
l’encontre de celui qui avait annoncé en janvier dernier vouloir «
signer l’acte de décès de la Françafrique ». Dans une dépêche de l’AFP
du 19 mars, un ministre affirmait qu’il n’excluait pas « qu’il y ait eu
des pressions, notamment d’Omar Bongo (président du Gabon), pour faire
partir Bockel du Quai d’Orsay », ce que confirmait une source proche du
pouvoir gabonais : « Libreville a bien demandé un changement de tête à
la Coopération ». Lire le communiquéhttp://survie-france.org/article.php3?id_article=1132
11 mars 2008. Demande de création d’une
Commission d’enquête parlementaire sur le rôle de la France au Tchad.
Courrier de Acat-France, Survie, Secours catholique, Réseau Foi et
Justice, groupe Afrique d’ATTAC, Cédétim/Ipam, Peuples solidaires,
Mouvement de la paix.
Téléchargez le courrier :
http://survie-france.org/article.php3?id_article=1121
A lire
Billets
d'Afrique et d'ailleurs n°
168 (Avril 2008)
Bulletin mensuel d'information alternative sur
les avatars de la
politique de la France en Afrique, Billets d'Afrique constitue
l'un des piliers de la volonté de Survie de mieux informer.
Edito : L’homme
africain et les Droits de l’homme
Du 24 au 28 février, plusieurs villes du Cameroun, notamment Douala et
la capitale Yaoundé, ont été le théâtre d’émeutes généralisées,
réprimées de façon brutale et sanglante, faisant au bas mot une
centaine de morts, selon l’Association des chrétiens contre la torture
(ACAT) à Douala. Un dirigeant associatif connu, Jacques Tiwa, a été
froidement abattu. En France, il y a eu quelques articles dans la
presse écrite et sur le net mais rien sur les grandes chaînes de la
télé, aucun commentaire de la classe politique. Une manifestation des
Camerounais de la diaspora à Paris a été ignorée des médias. Une
déclaration de l’opposition en exil réclamant une commission d’enquête
de l’ONU n’est relayée nulle part. Lire
la suite : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1143
S’abonner à Billets d'Afrique :
http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=65
Agenda du
"Mois" Retrouvez
le programme
complet du "Moi(s) contre la Françafrique" ville par ville : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1142
Avignon
Besançon
Drôme (26)
Grenoble
Ile de France
Lille
mercredi 23 avril Conférence-débat "Tchad, Darfour, Centrafrique. Quelle politique pour la France ?"
Lyon
mercredi 9 avril Conférence "Bolloré, un pouvoir africain..." à Lyon
Midi Pyrénées
Montauban
mardi 6 mai Concert Tiken Jah Kakoly
Toulouse
Perpignan
mardi 22 avril Projection débat "Du pillage au pilonnage" et sur la situation au Niger
Rennes
vendredi 25 avril Conférence débat "l’exploitation de l’uranium du Niger par Areva"
Saint Brieuc (lieu à confirmer)
jeudi 24 avril Conférence "les médias et la liberté de la presse" au Niger
Saint Julien en Genevois(74)
mercredi 23 avril Conférence "Du racisme Français"
_________
Survie est une association (loi
1901) qui milite pour l'assainissement des relations franco-africaines
et contre la banalisation du génocide. Elle est aussi engagée en faveur
de l'accès de tous aux biens fondamentaux, au Nord comme au Sud.
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12 mars 2008
Survie Info n° 30 Mars 2008
Survie
organise du 7 avril au 13 mai 2008 un "Mois contre la
Françafrique 1 Livre la
France la
Françafrique
Voir le Livre blanc pour une politique de
Tous les évènements du "Mois contre
Actualité
3 mars 2008. CAMEROUN. Violences meurtrières :
l’expression d’un "ras-le-bol" généralisé. La répression brutale
comme seule réponse. Communiqué de
Survie
Depuis la fin du mois de janvier, les manifestations contre la réforme
constitutionnelle supprimant la limitation des mandats présidentiels que
projette Paul Biya se sont succédées à Douala. En février, le pouvoir a fermé
la télévision privée Equinoxe qui avait montré des images de ces
manifestations. Le samedi 23 février, une manifestation interdite est dispersée
mais l’embrasement spontané d’un quartier populaire de Douala tourne à l’émeute
avec des barricades, des pillages et des destructions visant des édifices
publics mais aussi, spécialement, les guérites du PMUC, société française
gérant les paris sur les courses en France. Les forces de police tirent et font
plusieurs victimes.
Lire le communiqué : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1103
29 février 2008. FRANCE-TCHAD. Le masque est
tombé. Communiqué de Survie
Le voyage du président français Nicolas Sarkozy au Tchad ce 28 février n’aura
servi à rien sauf à cautionner l’enlèvement et la probable élimination physique
de représentants de l’opposition démocratique par le régime Déby.
La France
, qui
essaie de faire croire le contraire (mais n’y arrive pas), se rend ainsi une
nouvelle fois complice de la dictature tchadienne et fait déjà voler en éclat
les promesses du discours du Cap prononcé par le président français ce même 28
février.
Lire le communiqué : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1102
27 février 2008. Françafrique : à quand la
rupture ? Tribune de
la Plate Forme
citoyenne France Afrique dans Libération
Rebonds publié mercredi 27 février 2008 dans Libération
Au Tchad,
la France
vient encore de manquer une occasion d’entamer la rupture promise avec
la Françafrique. Le
« soutien sans faille » apporté par Paris a surtout encouragé Idriss Déby à bâillonner durablement l’opposition et à saboter le fragile processus de dialogue démocratique. Nicolas Sarkozy saura-t-il tirer les leçons de ce nouvel échec pour amorcer entre
la France
et l’Afrique « une relation nouvelle, assainie,
décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé », comme il l’a
promis en mai 2006 à Cotonou (Bénin) ?
http://survie-france.org/article.php3?id_article=1101
A lire
Billets d'Afrique et d'ailleurs n° 166 (Février 2008)
Bulletin mensuel d'information alternative sur les avatars de la politique de
la France
en
Afrique, Billets d'Afrique constitue l'un des piliers de la volonté de
Survie de mieux informer.
Edito : Le déshonneur de
la France
au Tchad
Quand Rama Yadé, dans un élan d’indignation, s’est exclamée à la tribune de
l’Assemblée nationale que « L’Afrique de papa c’est fini ! », nous étions loin
d’imaginer que cela signifiait le pire, c’est-à-dire que l’Afrique de
grand-papa était de retour, celle du mépris des Africains, affiché sans états
d’âme. Celle de papa c’était un mépris honteux et dissimulé. Foin de ces
chichis avec Sarkozy. On en a eu un avant-goût avec le discours de Dakar, on en
a en ce moment une confirmation scandaleusement éclatante avec la conduite de
la France
au
Tchad.
Lire la suite : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1107
S’abonner à Billets d'Afrique : http://www.survie-france.org/article.php3?id_article=65
Au sommaire ce mois-ci :
- CONGO-BRAZZAVILLE Une leçon de démocratie
- DJIBOUTI Des législatives aux petits oignons
- Dossier TCHAD
- Tchad Une vieille rengaine
- «Le calvaire de Yoro»
- Le chef cuisinier nous roule dans la
farine
- NIGER La malédiction Areva
- CAMEROUN Biens mal acquis bien défendus
- FRANCE Michel Rocard : «
La Françafrique
m’a empoisonné la vie »
- SARKOZY AU CAP : des fausses promesses de rupture ?
L’Afrique répond à Sarkozy. Contre le
discours de Dakar, sous la direction de
Makhily Gassama, éditions Philippe Rey
Cet ouvrage regroupe vingt penseurs et artistes qui ont décidé de combattre
avec vigueur (et rigueur !) les propos tenus par le président français Nicolas
Sarkozy dans son "discours de Dakar" le 26 juillet 2007. Choqués par
les propos sur l'"homme afriain" ils ont décidé de donner la
réplique en attirant l’attention sur les vrais enjeux, sur les questions
essentielles qui interpellent le vieux continent... Quelle est la
responsabilité réelle des Africains dans les souffrances intolérables
qu’endurent les populations ? Comment lutter contre la collusion de l’État
français avec les dictateurs du continent ? Comment mettre un terme aux
affreuses manipulations des Indépendances par la classe politique française?
Comment combattre le révisionnisme sournois qui réécrit l’histoire de
la Traite
négrière
et de la colonisation ? Avec la participation d'Odile Tobner.
Agenda
Conférence "
La France
et le génocide rwandais. La dérive des institutions de
la Ve République
?" le mardi 11 mars à Strasbourg
A l’invitation du bureau des élèves de l’Institut d’Etudes Politiques de
Strasbourg
à 18 h 15 à l’IEP avec Emmanuel Cattier, membre de
la Commission
d’enquête citoyenne sur l’implication de
la France
dans le
génocide au Rwanda et Raphaël Doridant
Renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1104
Conférences "Du racisme français" les
mardi 11 et mercredi 12 mars à Bordeaux
Organisées par Survie-Gironde et Librairie du Muguet avec Odile Tobner, auteure
du livre Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie,
- le 11 mars à 20h30 à
La Librairie
du
Muguet
- le 12 mars de 16h30 à 18h30 à Sciences Po
Renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1110
Conférences "Du racisme
français" le jeudi 13 mars à Toulouse
Organisée par Survie Midi Pyrénées et la librairie Terra Noca avec Odile
Tobner, auteure du livre Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie à
19h30 à la librairie Terra Nova
Renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1080
2ème cycle de conférence « Que fait [encore]
la France
en Afrique », à Grenoble (mars à juin 08)
Organisé par Survie-Isère en partenariat le Centre d’Information Inter-Peuples
(CIIP)
Mercredi 19 mars conférence débat "La domination économique
Europe-Afrique" Conférence de Frédéric Viale, Docteur en droit et membre
d’Attac France
Jeudi 27 mars conférence débat "La françafrique expliquée
simplement" Projection de Elf, une Afrique sous influence
Programme complet et renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1094
Bretagne. Conférences - débats "L’or africain"
avec Gilles Labarthe auteur du Dossier Noir L’or africain
- le 19 mars à Lannion : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1115
- le 20 mars à Brest : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1116
(ARTICLE A METTRE EN LIGNE)
- le 21 mars à Rennes : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1117
(ARTICLE A METTRE EN LIGNE)
Festival Plein Sud "Au coeur de
l’Afrique" du 30 mars au 6 avril à Cozes (17)
Avec dimanche 30 Mars à 10h00 Forum Des ONG : Echange "Dynamique
développement" avec Odile Biyidi et Jean-Marc Bikoko (Cameroun)
Renseignements : http://www.festivalpleinsud.com/
Languedoc Roussillon. Projections débats sur le
pillage de l’or avec Gilles Labarthe auteur du Dossier Noir L’or africain
et Marie Mazalto
Mardi 1 avril à Nîmes autour de la projection du documentaire Le
silence est d’or d’Alexandra Sicotte-Lévesque
Mercredi 2 avril à Montpellier autour de la projection du documentaire Le
prix de l’or de Camille de Vitry
Jeudi 3 avril à Sigean / Narbonne autour de la projection du
documentaire Le silence est d’or d’Alexandra Sicotte-Lévesque
Renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1112
Mercredi 2 au mardi 8 avril 6ème édition du
festival de cinéma d’Attac "Images mouvementées" à Paris
Le 2 avril dans le cadre de ce festival, conférence débat sur le thème "De
l’autre à l’ennemi" avec Odile Biyidi à la suite de la projection du film Les
autres hommes
Renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1105
Symposiums de Reims : "Les enjeux de l'eau
pour la paix" le 5 avril
Organisé par l'IRIMEP (Institut de Recherche International pour une Médiation
Economique et Politique)
Intervention sur le thème des biens publics mondiaux de Djilali Benamrane,
membre du Conseil d'Administration de Survie et spécialiste des
Biens Publics à l'échelle mondiale
Renseignements : http://survie-france.org/article.php3?id_article=1081
_______________________
Survie est une association (loi 1901) qui milite pour l'assainissement des
relations franco-africaines et contre la banalisation du génocide. Elle est
aussi engagée en faveur de l'accès de tous aux biens fondamentaux, au Nord
comme au Sud. www.survie-france.org
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25 octobre 2007
"DECOLONISONS !" la nouvelle compilation musicale de Survie contre le nécolonialisme et les imaginaires coloniaux
Dans les bacs depuis le 23 février 2007
Survie a produit en 2004 une compilation de soutien intitulée « Africa wants to be free ! », un espace de rencontre où 16 chanteurs et groupes de rap et de reggae, venus de France et d’Afrique, dénonçaient la dictature et le néocolonialisme.
Afin cette fois-ci de mettre en évidence la filiation entre le néocolonialisme et les pratiques d’antan et de dénoncer la persistance d’imaginaires coloniaux au sein de la société française (débat sur le « rôle positif de la colonisation », discriminations envers les Français « issus de l’immigration »), Survie et plusieurs artistes ont décidé de poursuivre l’aventure et de lancer le projet politico musical « Decolonisons ! ».
« Décolonisons ! » est la rencontre d’artistes d’une dizaine de pays qui entendent porter la parole de celles et ceux qui ne l’ont pas, afin de favoriser un dialogue citoyen de part et d’autre de la Méditerranée. source : http://www.africawantstobefree.com/decolonisons.html
03 décembre 2006
le film INDIGÈNES
Le film est à voir, c'est une certitude, ne serait-ce que pour la qualité de l'interprétation. Celle-ci n'est pas anodine en effet, on comprend facilement les raisons qui ont permis aux acteurs de s'imprégner de leurs personnages. Après quelques recherches, on peut voir les noms Debouzze, Nacéri, Zem… morts pour la France. Ce sont leurs propres histoires que acteurs mettent en scène, non sans émotions. Ces héros, qui ont été oubliés n'ont pas fait que participer à cette guerre, ils ont gagné des batailles stratégiques sans lesquelles nous serions peut-être tous blonds à l'heure actuelle. Je ne fais que redire ce que le public a découvert dans ce film. Je dis bien découvert car, on a beau fouiller les manuels scolaires, seules quelques lignes rendent hommage au sacrifice de tous ces hommes qui, rappelons le, étaient volontaires. Ces hommes se battaient pour la France, pour sa liberté, ils sont repartis dans l'ignorance et l'humiliation. Ces soldats n'ont pas eu le droit de défiler sur les Champs Elysées, et la seule récompense à laquelle ils ont eu droit c'est une pension de 61euros par an ! Ce n'est qu'en 2006 qu'éventuellement on se dit qu'ils devraient être reconnus autant que tous les soldats qui se sont battus pour la liberté; ce n'est qu'aujourd'hui que l'on songe à être égalitaire. Les acquis des droits de l'homme semblent bien loin dans cette histoire, ce film montre à quel point on s'est servi de ces hommes en leur promettant de la reconnaissance et de l'égalité, à quel point le "français" ne veut pas que ces visages colorés fassent partis de leur histoire au même titre que ces chefs militaires tant admirés.
En sortant de la salle, la première chose qui interpellent est le temps qu'il a fallu pour parler de ce tabou et qu'il est bien dommage que cela se fasse sur grand écran. Pourquoi ne l'apprend-t-on pas ailleurs, à l'école par exemple ? Nous savons très bien que ce n'est pas un manque d'informations des historiens, on pourrait presque penser alors qu'il s'agissait d'un choix ? Non, je ne vais enflammer la polémique, je laisserai ce sujet ouvert. Donc, cette part de l'histoire devient connue du grand public grâce au septième art, plus de 60 ans après la guerre. Mais rappelons nous que les scandales ont souvent été dénoncés par des moyens de diffusions populaires (La musique de Bob Marley informait le peuple sur la situation de son pays, Charlot dénonçait l'aliénation au travail, les bagnes d'enfants ont cessé car la presse a ému l'opinion publique…) C'est donc peu étonnant que ce soit un réalisateur proche de cette histoire qui dévoile magnifiquement le dévouement de ces hommes. Ce ne sont pas les politiques qui vont crier au scandale ! Mais quand l'opinion publique est informée d'une chose et qu'elle prend partie, les politiques sont obligés de ne pas la contredire. La démagogie est le grand art que la France soigne pour pouvoir rester figée face à certaines questions. Je disais tout à l'heure qu'il est difficile pour l'histoire d'admettre ses erreurs, mais c'est plutôt une question de mémoire sélective. On demande encore et toujours à des personnes issues de l'immigration de justifier leur présence ici, on leur reproche d'être pauvres, mal éduqués et que sais-je encore. A-t-on oublié toutes ces années de colonisations, quelle légitimité à cette présence ? A-t-on oublié les appels à l'aide de la France qui, ne reconnaît pas les populations qui l'on aidé ? Dans un climat où l'on ne parle que de violence des cités, des différences de cultures, on renonce à notre histoire commune, on nous divise et personne ne voit le peuple français comme un seul et même peuple. Le France traverse une crise identitaire et devrait s'atteler à avoir un regard plus juste des citoyens qui la compose.
Ce film m'a montré encore une fois que la question de l'arabe en France est loin d'être réglée alors la priorité du peuple est de rester conscient, de s'unir et surtout de ne pas céder à ceux qui nous séparent et créent des barrières. Cessons de nous voiler la face, informons-nous, n'attendons plus un autre film pour savoir que des arabes et des noirs ont libéré la France. En 1789, la France signe la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Le premier article semble si logique et pourtant si peu appliqué :
TOUS LES HOMMES NAISSENT ET DEMEURENT LIBRES ET EGAUX EN DROITS !
Maltaz'art (Wesh Conexion)
04 septembre 2006
17 Octobre 1961
La France a du mal à exposer au grand jour les sombres chapitres de son Histoire : si aujourd’hui, par exemple, les manuels scolaires - et donc le gouvernement - ne pratiquent presque plus aucun tabou - au prix de nombreux efforts de militants divers et d’historiens - quant à la période noire du pétainisme et à la participation du gouvernement de Vichy à la Shoah, le colonialisme est par contre un sujet qui est loin d’être aussi clair qu’il devrait l’être, dans un pays où vivent aujourd’hui des hommes et femmes dont la présence s’explique par ce passé, et par la période de "décolonisation", dans les années 1950 et 1960. Le plus sombre et obscur de ces chapitres est sans doute le conflit algérien, qui s’est déroulé de 1954 à 1962, et qui aboutira à l’indépendance de l’Algérie après 130 années de domination française : sombre, car cette guerre d’Algérie évoque la mort, les atrocités, la torture, dans le camp français comme chez les Algériens ; obscur, car si aujourd’hui les grandes lignes sont traitées dans les manuels d’Histoire du secondaire, de soi-disant « détails » sont omis volontairement, couvrant cette période d’un épais brouillard bien difficile à dissiper pour un historien comme pour un citoyen quelconque, à cause de salles d’archives perdues et de manuels scolaires oublieux. Il y aurait beaucoup à écrire sur la guerre d’Algérie… Mais c’est une de ses répercussions sur la métropole, alors que les accords prévoyant l’indépendance pointaient à l’horizon, qui doit ici attirer notre attention, puisqu’elle n’attire ni celle des hommes politiques, ni celle de l’Education Nationale… Cette répercussion, c’est le mardi 17 octobre 1961, la date d’une ratonnade en plein cœur de Paris, supervisée par le préfet de police Maurice Papon, et exécutée par la police parisienne : arrestations sommaires, passages à tabac, exécutions, noyades dans la Seine, répression, touchant la population française d’origine algérienne, qui manifestait pacifiquement ce jour-là pour protester contre un arrêté scandaleux de la préfecture de police, instaurant un couvre-feu pour ces "Français musulmans"… Parce que ce jour là, "la Seine était rouge", il est de notre devoir à tous de s’en souvenir, d’en rappeler le contexte, d’en exposer les faits, d’en dévoiler la vérité, pour que la mise en lumière de chapitres comme celui-ci contribue à l’élaboration d’une vraie histoire coloniale, histoire qui structure encore notre société d’aujourd’hui.
Ce dossier a été réalisée avec l’aide des documents disponibles sur le site de l’association "17 octobre 1961 : contre l’oubli", et en particulier d’après l’article de Charlotte Nordman ("Ce qui s’est passé le 17 octobre 61"). Je vous invite à consulter le site internet de cette association française, dont le comité d’honneur se compose de nombreuses personnalités, afin d’y lire des récits de victimes, de témoins, et de trouver tous les liens nécessaires pour se documenter et réfléchir sur le sujet. -"La Seine était rouge", "Nuit d’automne et Paris", et "Le silence du fleuve" sont respectivement les titres des ouvrages de la romancière Leïla Sebbar, du romancier Gilles Ranouillet, et du film de Mehdi Lallaoui et Agnès Denis, tous consacrés au 17 octobre 61.
Le contexte : un "second front s'ouvre en métropole"
Il est important de rappeler pour commencer qu’en 1961 le gouvernement de Charles de Gaulle et le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA, formé en 1958 et présidé par Ferhat Abbas) négocient officiellement : les négociations d’Evian se sont ouvertes le 20 mai 1961, et il y est question non pas de l’indépendance ou non de l’Algérie, mais des conditions et modalités exactes de cette indépendance : en effet, depuis janvier et le référendum approuvant le droit des Algériens à l’autodétermination, il est certain que ces négociations aboutiront à l’indépendance de l’Algérie. Depuis 1958, le FLN (Front de Libération Nationale algérien) a ouvert un "second front" en métropole en lançant une campagne d’attentats sur le sol français ; ces actions terroristes interpellent Maurice Papon, nommé préfet de police à Paris cette même année, qui prend de nombreuses mesures, sur lesquelles nous n’insisterons pas (ce n’est pas notre sujet), mais qui s’inscrivent dans une large politique de répression et de terreur à l’égard des "Français musulmans d’Algérie" : rafles, textes légalisant les "interrogatoires poussées", ouverture d’un Centre d’Identification à Vincennes où peuvent être internés sans jugement (par simple décision administrative) les Nord-africains "suspects", ou encore création d’une force de police auxiliaire, composée de harkis ("les harkis de la préfecture"), pratiquant la torture et qui organisèrent les 2 et 3 avril 1961 la "ratonnade de la Goutte d'Or", faisant 127 blessés graves, et saccageant et pillant 32 établissements, ce qui amena Papon à faire saisir l’édition du 5 avril du journal "Libération" pour éviter la parution d'une enquête sur les exactions. Des plaintes (pour torture, meurtre, sévices) sont déjà déposées, mais aucune n’aboutira. Papon va jusqu'à instaurer, le 1er septembre 1958, un couvre-feu pour les Nord-africains, mais qui tombe rapidement en désuétude, en raison d’un boycott mené par le FLN. Le FLN, justement, encadre strictement ces immigrés algériens (en leur imposant par exemple sous peine de mort des cotisations), souvent célibataires et logés misérablement dans des bidonvilles comme celui de Nanterre, et qui représentent une main d’œuvre bon marchée pour les grandes firmes industrielles françaises.
L’été 1961 voit une intensification de cette répression, de ce contrôle, et de ces violences arbitraires à l’égard des Nord-africains : des rafles massives vers le Centre de Vincennes sont organisées, entraînant plusieurs centaines de personnes. Cette période correspond à une trêve des actions violentes et terroristes du FLN à Paris qui dure depuis quelques semaines ; c’est au contraire l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète, créée en 1961) qui fait le plus parler d’elle, par des attentats visant parfois les lieux de rassemblement des Algériens de France.
Mais la trêve du FLN est bien brève, et fin août, la campagne d’attentats reprend en métropole : en l’espace de deux mois, jusqu’au début octobre 1961, onze policiers français sont tués et dix-sept autres blessés. Ces assassinats provoquent chez plusieurs organisations syndicales de policiers la colère et l’exigence de nouvelles mesures répressives à l’égard des Nord-africains, notamment l’instauration d’un couvre-feu.
A partir de septembre, les rafles s’intensifient et on entend parler de cadavres de Nord-africains retrouvés dans la Seine… Les policiers parlent de "se faire justice par soi-même", ce à quoi Maurice Papon répond, aux obsèques d’un policier, le 2 octobre : "pour un coup reçu, nous en porterons dix". De plus, le préfet assure aux policiers qu’ils seront "couverts" s’ils tirent les premiers… Le 5 octobre, il instaure pour la seconde fois un couvre-feu pour les "Français musulmans d'Algérie" ; voici l’arrêté préfectoral annonçant cette nouvelle mesure :
"Dans le but de mettre un terme sans délai aux agissements criminels des terroristes, des mesures nouvelles viennent d'être décidées par la préfecture de police. En vue d'en faciliter l'exécution, il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s'abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin. Ceux qui, par leur travail, seraient dans la nécessite de circuler pendant ces heures, pourront demander au secteur d'assistance technique de leur quartier ou de leur circonscription une attestation qui leur sera accordée après justification de leur requête. D'autre part, il a été constaté que les attentats sont la plupart du temps le fait de groupes de trois ou quatre hommes. En conséquence, il est très vivement recommandé aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police. Enfin, le préfet de police a décidé que les débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans d'Algérie doivent fermer chaque jour à 19 heures."
"Nuit d'automne à Paris" : les évènements du 17 octobre
Dès l’annonce de la mise en place de ce couvre feu, le F.L.N. décide, comme en 1958, de le boycotter ; le 7 octobre, une circulaire de la direction du F.L.N. en Allemagne exige de ses militants l’arrêt des attaques contre les policiers français, mettant ainsi fin à la campagne d’attentas en métropole : il s’agit pour le F.L.N., en passant de la clandestinité et de la violence à l’action pacifique de masse, de renverser l’opinion publique française. Cette action de masse, menée au grand jour et pacifiquement, le F.L.N. la programme pour le 17 octobre : la manifestation en protestation au décret doit avoir lieu dans tout Paris, le long des artères principales de la ville, et le F.L.N. souhaite y voir participer les familles entières.
Les consignes du F.L.N. sont claires : ne répondre à aucune provocation, ni à aucune violence ; les manifestants sont systématiquement fouillés par des cadres du F.L.N, pour s’assurer qu’ils n’ont aucun objet susceptible de servir d’arme (des images ont été tournées dans les bidonvilles de Nanterre, où l’on voit clairement ces fouilles menées très consciencieusement).
Mais la police parisienne sait qu'une manifestation de masse se prépare… des cars de police quadrillent la ville, des policiers cernent les bouches de métro aux portes de Paris, par lesquelles les manifestants vont arriver : à la sortie des métros Étoile, Opéra, dans les couloirs de la station Concorde, sur les Grands Boulevards, les manifestants seront systématiquement matraqués, à coups de crosse, de gourdin, de bâton, souvent jusqu'à ce qu'ils s'effondrent. Les policiers frappent au visage, au ventre, des manifestants qui ne font preuve à aucun moment de violence ou de résistance, comme il le leur a été demandé. Sur le boulevard Bonne-Nouvelle, au pont de Neuilly, au Pont-Neuf d'Argenteuil et en d'autres lieux, les policiers tirent sur les manifestants. Sur les ponts aux portes de Paris et sur le pont Saint-Michel, des hommes sont précipités à la Seine : cette image d’un fleuve où tombent et se noient les cadavres est celle qui interpelle les témoins, comme le futur journaliste Daniel Mermet, qui insistent impuissants à ce déferlement de haine et de violence.
En plein Paris et pendant plusieurs heures se déroule une véritable ratonnade, une chasse au faciès, à laquelle la population parisienne assiste et collabore même parfois. Papon suit toutes les opérations et se rend lui-même à l'Etoile, pour constater leur "bon déroulement". Il a aussi connaissance de toutes les liaisons radio de la police, et ne démentit pas les faux messages d'information qui circulent, selon lesquels des policiers auraient été tués, ce qui augmenta encore plus la violence et la barbarie de certains policiers à l’égard des manifestants.
Plus de dix mille Algériens sont interpellés. Ils sont internés au palais des Sports, au Parc des Expositions, au stade de Coubertin, au Centre d'Identification de Vincennes, pendant près de quatre jours. Quatre jours pendant lesquels les violences continuent. A leur arrivée, les manifestants sont systématiquement battus. Dans l'enceinte des lieux d'internement, on assiste à des exécutions et nombreux sont ceux qui meurent de blessures non soignées.
"Le silence du fleuve" : le mensonge et l'oubli...
Au lendemain de la manifestation, le bilan officiel est de… deux morts algériens. La presse et la préfecture de police parlent de « tirs échangés » entre la police et les manifestants. Malgré les efforts de quelques parlementaires, le gouvernement empêche la création d'une commission d'enquête. Aucune des plaintes déposées, pourtant nombreuses, n'aboutira. Le mensonge est tel que le drame du métro Charone (la mort de neuf militants communistes manifestant contre l'OAS le 8 février 1962), apparaîtra au journal "Le Monde" comme "le plus sanglant affrontement entre policiers et manifestants depuis 1934"... S'il n'est pas possible de déterminer exactement le nombre d'Algériens tués le 17 octobre 1961 et les jours suivants, il reste que le chiffre de plusieurs centaines de morts, avancé par J-L. Einaudi dans son livre "La Bataille de Paris" à partir de l'étude de registres de cimetières, de témoignages et de documents internes du F.L.N., est le plus vraisemblable. De nombreuses archives administratives qui auraient été essentielles au dénombrement des victimes ont aujourd'hui disparu. Ceci explique pourquoi les recherches menées dernièrement par le gouvernement français se fondant sur les archives existantes de la préfecture de Police concluent à un nombre de morts bien inférieur - autour d'une quarantaine. Le mensonge plane sur ces cadavres noyés dans la Seine, et l’oubli les raye de l’Histoire : les manuels scolaires de Terminale ne font pas état de la répression de cette manifestation du 17 octobre 1961, qui n’est d’ailleurs pas même évoquée dans la plupart d’entre eux. A nous de nous souvenir, de chercher la vérité et de la diffuser.
15 avril 2006
Histoire du combat anticolonial #2
10 juillet 1878_"Ils ne réclament rien moins que l'extermination en masse par tous les moyens de la race indigène."_ Nouvelle-Calédonie
Spoliés de leurs terres, exaspérés par les réquisitions pour les corvées, par les enlèvements de femmes, les Kanaks entrent en insurrection le 25 juin 1878 et massacrent tous les Blancs, gendarmes, colons ou bagnards. M.-J. Mauger, fonctionnaire à la direction de l'Intérieur à Nouméa, décrit ainsi la répression:
"10 juillet 1878: [...] On s'occupe en ce moment de brâler autant de villages révoltés qu'on le peut; de détruire autant de plantations que le temps le permet. Mais jusqu'à présent on n'a obtenu que des résultats insignifiants. Dès que les Kanaks ont vu la troupe se mettre en campagne, ils se sontjetés dans les montagnes et il sera bien difficile de les forcer dans leurs repaires.
15juillet 1878: [...] On emploie les Kanaks alliés à brûler les cases et à détruire les plantations des insurgés, mais je ne comprends pas qu'on fasse couper les cocotiers dont le domaine colonial est appelé à bénéficier.
La tactique est d'affamer les sauvages et de les réduire par la misère."
Les troupes qui rencontrent des insurgés ne font pas de prisonniers. Elles les tuent.
Le gouverneur Olry écrit ceci le 28 septembre 1878 au ministre de la Marine: "[...] À chaque rencontre on en a tué quelques-uns, on n'en a jamais pris vivants. [...] On a brûlé tous leurs villages, détruit toutes leurs cultures. [...] Les femmes ont été données aux tribus alliées."
C'est une politique systématique de la terre brûlée qui est menée à l'encontre des villages rebelles ou suspectés.
En 1879, les tribus rebelles qui se soumettent sont déportées. Voici ce que relate le commandant Rivière dans ses Souvenirs de la Nouvelle-Calédonie. L'insurrection kanake (Calmann-Lévy 1881, p. 258-260): "Toutefois, le gouverneur voulait que les Kanaks à qui l'on faisait grâce de la vie abandonnassent l'arrondissement et fussent transportés soit à l'île des Pins, soit aux îles Belep, dans le Nord. Non seulement cela supprimait les indigènes, mais nous donnait une quantité considérable de terres fertiles."
Les mots "cela supprimait les indigènes" sont à consonance génocidaire et sont pourtant prononcés par un officier qui, d'après Roselène Dousset-Leenhardt, était "avec le général de Trentinian, un des rares Français à avoir considéré les Néo-Calédoniens comme des êtres humains". Que dire des autres? Mauger note dans son journal:
"2 juillet 1878: [...] L'exaspération des colons est portée au paroxysme; ils ne réclament rien moins que l'extermination en masse par tous les moyens de la race indigène."
Les déportés ne rentreront jamais, empêchés par les colons, ou refusant d'eux-mêmes, leurs terres ayant été spoliées.
6 août 1870_ Sacrifice des tirailleurs à la bataille de Frœschwiller_ Algérie Olivier Pain décrit ainsi le rôle des spahis algériens durant la guerre de 1870: 13 septembre 1930_ Les affamés demandent une baisse des impôts, on envoie des avions les bombarder_ Viêt-nam André Viollis note dans son journal du 5 novembre 1931: "Nous avions quitté dès six heures du matin Vinh où le ministre [Paul Reynaud] était resté à interroger des prisonniers politiques. [...] Il pleut. Nous filons entre les champs boueux. Mon compagnon d'auto, un administrateur de la région, m'explique, un peu trop confusément, les troubles graves de l'an dernier et de cette année. La région, me dit-il, fut toujours fertile en révolutionnaires. Elle est; en outre, parmi les plus déshéritées de l'Annam. Sa population trop dense, serrée dans d'étroites vallées, sujettes soit à une excessive sécheresse, soit à des inondations, se voit trop souvent réduite à la famine..."
15 octobre 1960_ Assassinat de Félix Moumié, chef de l'UPC_ Cameroun Felix Moumié succède à Ruben Um Nyobé à la tête de l'UPC (Union des populations camerounaises) qui lutte contre le régime néocolonial d'Ahmadou Ahidjo mis en place par Jacques Foccart. 23 novembre 1946_ Bombardement de Haïphong: 6000 morts_ Viêt-nam Le 9 mars 1945, les Japonais s'emparent de tous les pouvoirs en Indochine, alors qu'ils avaient, auparavant, laissé l'amiral Decoux, nommé par le gouvernement de Vichy, maintenir l'ordre. Bao Daï, empereur d'Annain, proclame l'abolition du protectorat français. Le Viêt-minh, mouvement nationaliste d'inspiration communiste, déclenche une insurrection en août 1945. En juillet, il est convenu, aux accords de Potsdam, que les Chinois désarmeront les Japonais au nord du 16e parallèle, les Anglais au sud. Le 15 août, Charles de Gaulle nomme l'amiral Thierry d'Argenlieu haut-commissaire de France en Indochine, et Leclerc général commandant supérieur des troupes. Le dirigeant du Viêt-minh, Hô Chi Minh, proclame l'indépendance du Viêt-nam le 2 septembre 1945, en présence du général Leclerc, chargé par de Gaulle de réoccuper l'Indochine. Le Laos et le Cambodge font de même, Bao Daï abdique. Le 23 septembre, le colonel Cédille obtient du général anglais Gracey le réarmement des ex-prisonniers français et reprend les bâtiments publics de Saïgon aux représentants du gouvernement vietnamien. En octobre, les troupes du général Leclerc débarquent et réoccupent le Sud-Annam, le Laos et le Cambodge. Le 6 janvier 1946, le Viêt-minh remporte largement les élections dans le territoire contrôlé par le gouvernement vietnamien. De Gaulle quitte le pouvoir à Paris le 21 janvier. Le 6 mars 1946 à Hanoï, où se trouvent toujours des troupes chinoises, Jean Sainteny signe au nom de la France avec Hô Chi Minh, qui contrairement à d'autres nationalistes reste ouvert au dialogue, un accord où celle-ci "reconnaît la république du Viêt-nam comme un État libre ayant son gouvernement, son parlement, son armée et ses finances faisant partie de la Fédération indochinoise et de l'Union française" et s'engage, dans un accord annexe, a retirer ses troupes dans cinq ans. L'organisation d'un référendum est prévue au Sud. Les troupes françaises débarquent à Haïphong le 8, où Leclerc rencontre Giap. il est le 15 à Hanoi. L'accord est très critiqué en France. Thieriy d'Argenlieu conteste les dispositions militaires de l'accord annexe. Hô Chi Minh est invité à venir discuter en France. Alors que ce dernier est en route pour Paris, d'Argenlieu en accord avec Moutet fait proclamer le 1er juin la République autonome de Cochinchine, en violation des accords du 6 mars. La conférence de Fontainebleau s'ouvre le 22 juin entre Hô Chi Minh et le gouvernement provisoire présidé par Georges Bidault. Le 14 septembre, Hô Chi Minh signe un accord de "modus vivendi" avant de rentrer. La rupture est évitée in extremis. 1er décembre 1944_ Massacre de Thiaroye_ Sénégal Des tirailleurs sont libérés des camps de prisonniers de guerre allemands et démobilisés. Débarqués le 21 novembre 1944 à Dakar, ils sont rassemblés au camp de Thiaroye à quelques kilomètres de la capitale. Mais ils attendent de recevoir les arriérés de leur solde et de pouvoir échanger leurs marks. Cela leur avait été refusé en France sous divers prétextes, malgré leurs réclamations. Tout devait se faire au Sénégal. Mais ici rien ne se fait non plus. On leur propose l'échange de leur argent à la moitié de sa valeur, ils reçoivent un nouvel ordre de départ... C'en est trop. Les tirailleurs protestent, manifestent sans doute. Ils séquestrent un général qui, pour être relâché, leur donne satisfaction... La nuit suivante, le 1er décembre 1944, l'armée française bombarde et mitraille le camp. Les tirailleurs n'ont pas d'armes. Combien de morts? 25, 38, 60 ou plus? Quelques-uns parmi les survivants sont jugés et emprisonnés jusqu'à ce qu'une grâce présidentielle leur soit accordée en avril 1947, lors du voyage de Vincent Auriol en AOF En France, on ignore tout. Léopold Sédar Senghor en parle dans le numéro d'Esprit de juillet 1945 et Lamine Gueye rapporte ces faits en mars 1946 à la première Constituante. Source: Jacques Morel, Calendrier des crimes de la France outre-me, l'Esprit Frappeur, 2001
"[Le 4 août devant Wissembourg], surpris dans sa position par l'armée du prince royal, forte de 180000 hommes, le général Douag [sous les ordres de MacMahon], avec ses 9000 hommes n'hésite pas et livre combat. [...] Les régiments algériens montent à l'assaut des hauteurs: Ier Turcos, sous les ordres de l'adjudant-major Bertrand, fait des prodiges; un autre bataillon algérien, commandant Lammerz, couvre la ville pendant la défaite. Les cadavres jonchent le sol de toutes parts. Les indigènes vaincus, blessés, ne lâchent pas pied. Écrasés par la mitraille, désarmés, ils combattent encore. C'est avec les dents qu'ils déchirent maintenant l'ennemi qui les cloue, à coups de baïonnette, sur le sol. L'héroïsme des Arabes tués, blessés ou faits prisonniers, en ces journées de Wissembourg et de Wœrth, sauva d'un désastre, d'une boucherie sans précédent le gros de notre armée française."
On lit dans le livre d'histoire d'Albert Malet:
"L'armée française, battue le 4 à Wissembourg, est refoulée de Wœrth par l'armée du Prince Rogal de Prusse. Pour couvrir sa retraite, Mac-Mahon sacrifie ses dernières troupes de réserve. Alors apparurent les tirailleurs algériens. Ils avaient combattu l'avant-veille toute la journée à Wissembourg. Ils étaient 1 700. Déployés en ligne, comme à la parade, sans tirer un coup de feu, criant d'une seule voix: 'À la baïonnette!'; ils s'élancèrent. Rien ne tint devant eux. En quelques minutes, ils reprennent les pièces perdues, le village d'Elsasshausen et, toujours courant, poursuivaient les Allemands jusqu'à la lisière d'un bois. Là, contre un ennemi bien à couvert; leurs charges, trois fois renouvelées, furent vaines. Quand les tirailleurs, décimés par la mitraille, se retirèrent, ils laissèrent sur le terrain 800 hommes, la moitié de leur effectif. La charge des tirailleurs, la résistance acharnée de quelques débris de régiment..., permirent la retraite sur Reichshoffen."
Fin décembre 1870, Léon Gambetta, ministre de la Guerre, donne l'ordre de mobiliser les spahis d'Algérie et de les embarquer aussitôt à destination de Marseille. Les spahis d'Aïn Guétar, près de la frontière tunisienne, se mutinent les premiers. Ils refusent d'aller combattre en Europe où déjà nombre des leurs avaient laissé la vie. Les mutineries des spahis sont le prélude à la révolte qui éclate le 23 janvier 1871 en Algérie.
"Plus loin, il m'indique quelques énormes tombes qui bossuent la rivière:
- Elles datent du 13 septembre de l'an dernier, me dit-il. Ce matin-là, on vit soudain une énorme troupe de 5000 à 6000 individus qui marchaient en rangs serrés sur Vinh...
- Ils étaient armés?
- Ma foi,je n'en sais trop rien. ils venaient soi-disant porter à la Résidence leurs doléances contre les impôts qu'ils jugent excessifs. C'est toujours comme ça que commencent les révoltes. On leur ordonna de s'arrêter, ils n'écoutèrent pas, franchirent tous les barrages. il fallut envoger des avions avec des bombes. Il tomba 100 à 120 bonshommes [157 en réalité]. Les autres s'enfuirent comme des lapins... Par malheur, le soir, des habitants de villages restés loyaux vinrent pour enterrer les morts. On crut à une nouvelle manifestation, on renvoya les avions:
résultat, encore une quinzaine de morts... Une fâcheuse erreur qui a fait assez mauvais effet." C'est l'erreur dite des "fossoyeurs".
Andrée Viollis note plus loin: "Les aviateurs militaires n'ont pas été inquiétés; ils étaient couverts, ayant reçu quelques semaines plus tôt une circulaire du résident supérieur en Annam, les autorisant et même leur enjoignant de jeter des bombes sur tous les attroupements, sans s'embarrasser de sommations. Les villages de Yen-Tho, Yen-Phu et Thany-Dan, dans la province de Vinh, ont été complètement incendiés par bombes d'avions. On avait eu soin d'abattre tous les gros arbres pour permettre aux avions d'opérer commodément et à loisir. Un des aviateurs, revenu après quelques jours sur le lieu de ses exploits, disait:
"Cela puait tellement que là-haut même,j'en étais malade. " On me cite encore le nom de six villages, de la gare de Yen-Xuan, à 10 kilomètres de Vinh, et surtout celui du village de Phui-An, à 60 kilomètres de Vinh, qui, lui, fut bombardé à plusieurs reprises et complètement écrasé On me confirme que le nombre des victimes connues et inconnues de la région dépasse plusieurs milliers."
Le vieux révolutionnaire Phan Boi Chau déclara à Andrée Viollis: "Les cortèges de manifestants qui, suivant notre vieille coutume, allaient demander justice au grand chef au résident; qui, pour eux est 'le père et la mère' implorer son aide et la pitié, vous savez comme on les a reçus: à coups de bombes et àcoups de fusils... Pourtant, ils ne voulaient pas, en agissant ainsi, porter atteinte à la souveraineté française. ils étaient sans armes..."
Il est empoisonné au thallium par William Bechtel, un agent français du SDECE se faisant passer pour un journaliste, à qui il a eu la naïveté d'accorder un rendez-vous dans un restaurant de Genève, la veille de son départ pour l'Afrique. Poursuivi tardivement par la Suisse, William Bechtel sera arrêté à Bruxelles en 1975, extradé, et acquitté en 1980, à la suite des pressions que l'on devine.
Implication de la France: d'après Pierre Péan, Jacques Foccart aurait dit à propos de ce meurtre en 1995: "Je ne crois pas que cela ait été une erreur."
Le 10 septembre, les Français reprennent le service des douanes alors que la gestion de ce secteur devait être négociée. Les Vietnamiens protestent. Leclerc est reparti, d'Argenlieu est à Paris. À Haïphong, le 20 novembre, les Vietnamiens s'opposent à un contrôle douanier. Hô Chi Minh propose de réunir immédiatement la commission mixte des douanes. Mais le général Vafluy, remplaçant Thierry d'Argenlieu, après avoir câblé au colonel Dèbes le 22 "Suite événement du 20, estime indispensable profiter incident pour améliorer notre position Haïphong", lui donne l'ordre suivant: "Le moment est venu de donner une dure leçon à ceux qui nous ont traîtreusement attaqués. Par tous les moyens à votre disposition vous devez vous rendre maître com piètement d'Haïphong et amener le gouvernement et l'armée vietnamienne à résipiscence."
Dèbes attaque le 23 novembre et fait bombarder Haïphong par trois navires de guerre. D'après Paul Mus (conseiller politique de Leclerc) qui cite une enquête de l'amiral Robert Battet, il y a 6000 morts, essentiellement des civils. C'est le début de la guerre d'Indochine, qui, pour ce qui est de la France, durera sept ans et demi.
Implication de la France: il ne fait désormais pas de doute que ce bombardement fait partie des provocations françaises visant à mettre un terme à l'indépendance que le Viêt-nam était en train d'acquérir~ C'est le général Valluy qui, sans doute en accord avec Thierry d'Argenlieu, a mis le gouvernement français devant le fait accompli. Sa directive du 10 avril "transformer le scénario, qui est celui d'une simple opération militaire, en un scénario de coup d'État" (Devillers, p. 179), montre que la préméditation était du côté français et non du côté de Hô Chi Minh. La France crut, avec le parti colonial des administrateurs et de leurs amis, qu'il serait possible, comme en 1885, de réinstaller, à la tête du Viêt-nam reconquis, des fantoches.
Alfred Grosser remarque: "L'occultation de ce que fut la guerre d'Indochine se retrouve dans le choix de la date officielle du déclenchement de la guerre, que l'on retrouve dans tous les manuels; le 19 décembre, offensive des troupes viêtminh sur Hanoï, au lieu du 28 novembre, bombardement du port de Haïphong par la mari ne française." Imagine-t-on le nombre de vies sauvées si la France avait respecté l'accord du 6 mars 1946?
14 avril 2006
Histoire du combat anticolonial #1
17 janvier 1961_ Assassinat de Patrice Lumumba à Elisabethville_ Congo ex-belge
À la suite des soulèvements de janvier et octobre 1959 à Léopoldville, l'indépendance du Congo est octroyée par Bruxelles pour le 30 juin 1960. Le 31 mai 1960, Patrice Lumumba remporte les élections et devient Premier ministre, tandis que Joseph Kasavubu devient président du Congo. Des troubles éclatent en juillet lors de la tentative d'africanisation du corps des officiers de l'armée congolaise. Le 11 juillet 1960, Moïse Tshombe, soutenu par les troupes belges et poussé par l'Union minière, proclame la sécession du Katanga, l'État du cuivre. Patrice Lumumba et Joseph Kasavubu font appel à l'ONU, qui envoie des casques bleus et impose le départ des troupes belges. Celles-ci se retirent, excepté au Katanga où elles maintiennent Moïse Tshombe en selle. L'armée nationale congolaise combat la sécession du Sud-Kasaï et se dirige vers le Katanga.
Fin août, la CIA, les Belges et de fait aussi l'ONU entreprennent d'écarter, voire d'éliminer Patrice Lumumba. Kasavubu le démet de ses fonctions le 5 septembre, en dépit de l'opposition du Parlement. Le 14 septembre, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, nommé chef d'état-major par Lumumba, entreprend un coup d'État et arrête le Premier ministre. Le 24 novembre, l'assemblée générale de l'ONU reconnaît la légalité de la délégation menée par Kasavubu au détriment de celle conduite par Lumumba. Celui-ci s'évade le 27 novembre mais est repris quelques jours plus tard. Les 12 et 13 janvier éclate une révolte au camp de l'armée à Thysville où il est enfermé. Les Occidentaux craignent le retour de Lumumba et Bruxelles exerce des pressions pour qu'il soit livré à Moïse Tshombe (Katanga) ou à Kalonji (Kasaï). Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba, Maurice M'Polo et Joseph Okito, après avoir subi de nombreux sévices, sont transférés à Elisabethville au Katanga. Tshombe et son entourage belge du bureau-conseil du Katanga décident l'élimination immédiate des trois prisonniers. En présence de Tshombe et de trois de ses "ministres", ils sont exécutés par des policiers et des soldats Katangais commandés par deux Belges, le commissaire de police Verscheure et le capitaine Gat.
Il s'ensuit une succession de troubles. Le 25 novembre 1965, à l'issue d'un nouveau putsch, Joseph-Désiré Mobutu prend le pouvoir.
Implication de la France: la position de la France a varié entre le soutien à Moïse Tshombe, motivé par les richesses du Katanga, et le principe du maintien des frontières coloniales. Peu avant l'indépendance, le 26 février 1960, Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, tente de faire valoir le droit de préférence de la France sur le Congo qui lui avait été accordé par Léopold II, en échange de la reconnaissance par celle-ci de l'Association internationale du Congo, contrôlée par le même Léopold Il. La France a favorisé l'élimination de Patrice Lumumba. En décembre 1960, Jacques Duchemin est conseiller militaire de Moïse Tshombe. Fin janvier 1961, le colonel Trinquier, adjoint de Jacques Massu à Alger et théoricien de la torture, est en mission au Katanga. Le gouvernement Tshombe lui confie la direction de la gendarmerie katangaise. Bruxelles tolère difficilement cette intrusion dans son arrière-cour. Ce n'est qu'après la réduction considérable du cadre beige sous la pression de l'ONU que Trinquier organisera la force armée katangaise avec le commandant Faulques, autre tortionnaire en Algérie, et Bob Denard. Pierre Dabezies, membre du cabinet de Pierre Messmer, ministre de la Défense, suivait le dossier katangais. Le Congo de Fulbert Yulu est par ailleurs utilisé comme base avancée.
1er février 1962_ Asphyxiés dans un wagon entre Douala et Yaoundé_ Cameroun Pour réduire la révolte de l'UPC, mouvement indépendantiste camerounais, Jacques Foccart, artisan de la politique africaine du général de Gaulle, crée le SDECE-Afrique, dont il confie la direction à Maurice Robert. La filiale camerounaise, le SEDOC, est dirigée par Jean Fochivé. Côté police, un redoutable professionnel français, Georges Conan, démontre ses talents. Enfin, pour "casser" la rébellion bamiléké, Jacques Foccart envoie, à la demande du gouvernement camerounais, un corps expéditionnaire français dirigé par le général Max Briand, qui a commandé durant deux ans en Indochine le 22e RIC, "les casseurs de Viets". Pour "éradiquer" l'UPC, Max Briand applique les méthodes utilisées en Indochine et en Algérie: camps de regroupement, politique de la terre brillée, bombardements au napalm, destruction de villages. En gare de Douala, un groupe de 52 détenus, hommes, femmes et enfants, est embarqué tôt le matin dans un wagon métallique dont la porte est verrouillée. Quand, au début de la soirée, le train Des officiers français admettront par la suite avoir frappé trop fort. 30 mars 1947_ Massacre de Moramanga par l'armée française, 2000 morts?_ Madagascar La revendication d'indépendance malgache, avivée par la défaite française de 1940, l'effondrement des forces vichystes lors du débarquement britannique de 1942, les espoirs suscités par la Charte de l'Atlantique et face à l'accroissement des réquisitions, des corvées imposées au titre de l'effort de guerre et par la famine de 1943-1944, est canalisée dès la fin de la Seconde Guerre mondiale par le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM). Ce mouvement est combattu par le gouvernement français dont le ministre des Colonies, le socialiste Marius Moutet, suscite la création d'un parti de notables, le PADESM. Le MDRM obtient néanmoins les trois sièges de députés à l'Assemblée nationale à Paris. Le 30 mars 1947 éclate une insurrection désapprouvée par les leaders du MDRM. Les autorités militaires et policières, en particulier le chef de la Sûreté, Marcel Baron, étaient manifestement informées qu'une insurrection se préparait pour le samedi 29 mars au soir. En témoigne ce télégramme de Marcel de Coppet, haut commissaire, adressé à ses subordonnés: "Bruits ont été répandus dans certaines régions qu'une action serait entreprise contre Européens le 29 mars - Stop - S'agit rumeurs sans fondements réels [...] et dont invraisemblance n'exclut toutefois pas vigilance." (Tronchon, p. 40). Les insurgés attaquent le camp militaire de Moramanga le 29 à 22 heures, après avoir tué les officiers français qui dormaient dans le bourg. Les soldats du camp, des tirailleurs "sénégalais", surpris mais mieux armés, résistent et repoussent l'attaque. Les insurgés ne parviennent pas à s'emparer de l'armement qui leur fait défaut et se retirent au matin, en entraînant la population rurale. Les tirailleurs prennent alors leur revanche et massacrent la population malgache. Toutes les maisons sont incendiées. Le lendemain, les Sénégalais en fureur nettoient complètement la région avec l'aide de renforts. Tout ce qui bouge est lardé de coups de baïonnette. En trois jours, des milliers d'indigènes sont tués. 16 avril 1917_ Mangin broie du Noir au Chemin des Dames_ France En 1914, la France aligne quelques bataillons de tirailleurs sénégalais qui sont anéantis à la bataille de l'Yser. Ils ne reparaissent sur le front qu'en 1916. Recrutés par le général Mangin, le "broyeur de Noirs", pour "permettre d'épargner dans la mesure du possible du sang français", 51000 hommes en 1915, 120000 en 1916, sont incorporés de force au Soudan, en Haute-Volta, en Côte-d'Ivoire sous le nom de tirailleurs sénégalais. En avril 1917, le général Nivelle lance une offensive dans l'Aisne au Chemin des Dames où sont engagées des troupes noires. Fort des succès remportés par les troupes noires de Charles Mangin au fort de Douaumont près de Verdun, le 24 octobre 1916 ("Une fois de plus les zouaves, les tirailleurs, les Sénégalais avaient offert leur vie pour la victoire", Pierre Miquel, p. 35), Robert Nivelle et Charmes Mangin font attaquer les tirailleurs au Chemin des Dames pour "le premier choc", sous la neige, les obus et la mitraille. Les Allemands, informés de l'attaque, disposant de la maîtrise du ciel et bien protégés de la préparation d'artillerie dans leurs abris bétonnés et les cavernes naturelles du plateau de Craonne, accueillent les fantassins au fusil mitrailleur. Loin de reconnaître son erreur, Robert Nivelle continue sa vaine offensive. 45% des effectifs ne se relèvent pas de cette catastrophe, dont la presse dissimule l'ampleur. Robert Nivelle est destitué en mai 1917. L'opinion ne conçoit pas un seul instant que ces hommes soient arrivés au front sous la contrainte. Le député des quatre communes du Sénégal, Blaise Diagne, proteste à l'Assemblée contre le "massacre" de ses compatriotes. Mais nommé commissaire de la République pour l'AOF le 14 janvier 1918 par Georges Clemenceau, Blaise Diagne fait une tournée de février à août 1918 de Dakar à Bamako pour convaincre ses compatriotes d'aller se battre en France, promettant l'attribution automatique de la citoyenneté française à tout titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre. 8 mai 1945_ Événements de Sétif_ Algérie Pour célébrer la chute de l'Allemagne nazie, les nationalistes algériens des AML (Amis du Manifeste et de la Liberté) de Ferhat Abbas et du PPA (dissous) de Messali Hadj (en résidence surveillée), organisent un défilé à Sétif avec les drapeaux alliés en tête. Soudain, pancartes et drapeau algérien sont déployés. Les pancartes portaient ces slogans: "Libérez Messali", "Vive l'Algérie libre et indépendante", "Vive la Charte de l'Atlantique", "À bas le colonialisme". Bouzid Saal refuse de baisser le drapeau algérien qu'il porte et est abattu par un policier. Cela déclenche une émeute qui sera suivie d'une répression atroce. 18 juin 1845_"Enfumades" de la grotte de Ghar-el-Frechih_ Algérie Pour la conquête totale de l'Algérie, Thomas Bugeaud mena à partir de 1841 une "guerre de ravageur" fondée sur la razzia et la dévastation systématique des régions insoumises. En 1845, la guerre reprend un peu partout dans les "régions pacifiées" à l'appel des confréries. Bou Maza avait enflammé le massif du Dabra en se présentant comme un "mahidi"(envoyé du Prophète) ou chérif (descendant du Prophète). Source: Jacques Morel, Calendrier des crimes de la France outre-me, l'Esprit Frappeur, 2001
arrive à Yaoundé, l'asphyxie a fait son oeuvre: le gendarme qui ouvre le wagon découvre 25 cadavres.
À Guelma, à l'est de Constantine, le même jour, la manifestation organisée par les militants nationalistes, drapeaux algériens et alliés en tête, est arrêtée par le sous-préfet Achiary. La police tire sur le cortège, il y a 4 morts algériens, aucun Européen. Achiary décrète le couvre-feu et fait armer la milice des colons. Dans la soirée, les arrestations et les exécutions commencent. Scénario semblable à Bône où une bagarre se déclenche quand la police tente d'arracher le drapeau algérien. Des coups de feu éclatent, il y a des blessés de part et d'autre, un mort côté algérien.
L'insurrection se propage avec la nouvelle de la répression dans la région de Sétif, Guelma, Kherrata, Djidjefli, qui fait environ 40000 victimes. Si les manifestations du ier et du 8 mai ont été préparées, l'insurrection que déclenchera la répression du 8 a un caractère spontané. Un ordre d'insurrection sera donné le 23 mai par le PPA mais aussitôt annulé.
L'origine de l'exaspération est à chercher dans la disette due à la guerre, à la famine ("Je crois pouvoir affirmer que 50% au moins de la population se nourrissent d'herbes et de racines", écrivait Albert Camus à propos de la Kabylie en juin 1939 dans Alger Républicain, Mekhaled, p. 59) et dans les espoirs déçus. La défaite de la puissance coloniale en 1940, le débarquement anglo-américain ont incité les responsables musulmans, encouragés par les déclarations américaines, à secouer le joug colonial. Le Manifeste du peuple algérien du 10 février 1943 réclame une Constitution où l'égalité absolue entre hommes, quelle que soit la race ou la religion, est proclamée. L'additif au Manifeste du 26 juin 1943, approuvé par le gouverneur général Peyrouton, prévoit la création d'un État algérien à la fin de la guerre et la participation immédiate des représentants musulmans au gouvernement de l'Algérie. Mais l'administration française ne cherche qu'à rétablir le calme pendant que les troupes "indigènes" participent aux combats en Italie, en Corse, à l'île d'Elbe puis au débarquement de Provence (Ahmed Ben Bella combattra au Monte Cassino en avril 1944).
L'ordonnance du 7 mars 1944 du général de Gaulle oublie les promesses faites et ne reprend que le projet Blum-Viollette, rejeté en 1936 par les colons, qui propose le droit de vote pour 65000 Algériens.
C'est le gouvernement français issu de la Résistance, dirigé par Charmes de Gaulle et formé avec des ministres communistes, qui va exercer une répression sauvage.
À Orléansville, le 11 juin 1845, le général Bugeaud prodigue un conseil à ses subordonnés pour réduire la résistance des populations de la région du Chélif:
"Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéhas! Enfumez-les à outrance comme des renards."
La répression est rapide et rigoureuse: le colonel Pélissier n'hésite pas à asphyxier plus de 1 000 personnes, hommes, femmes et enfants, des Ouled Riah qui s'étaient réfugiées dans la grotte de Gharel-Frechih ou grottes du Nekmaria (cf Marc Michel, p. 46) dans le Dahra (triangle Ténès, Cherchell, Miliana).
Un soldat écrit: "Les grottes sont immenses; on a compté 760 cadavres; une soixantaine d'individus seulement sont sortis aux trois quarts morts; quarante n'ont pu survivre; dix sont à l'ambulance, dangereusement malades; les dix derniers, qui peuvent se traîner encore, ont été mis en liberté pour retourner dans leurs tribus; ils n'ont plus qu'à pleurer sur des ruines."
Après son forfait, Jean-Jacques Pélissier répond à quelques bonnes consciences inquiètes: "La peau d'un seul de mes tambours avait plus de prix que la vie de tous ces misérables."
Le prince de la Moskowa, fils du Maréchal Ney, fait une interpellation à la Chambre des pairs. Cela n'empêche pas Pélissier d'obtenir son bâton de maréchal et d'être nommé gouverneur général de l'Algérie de 1860 à 1864.
Le 12 août 1845, Saint-Arnaud à son tour, près de Ténès, transforme d'autres grottes "en un vaste cimetière", "cinq cents brigands" y furent enterrés.
13 avril 2006
Histoire du combat anticolonial
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le combat anticolonial est né en France, dès les années 20,
en puisant ses méthodes et sa pratique dans la tradition du mouvement ouvrier français et international.
L'une de ses premières composantes fut le nationalisme révolutionnaire algérien, première forme politiquement organisée de lutte pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
À la fin du XIXème siècle, la France règne sur un immense empire: Maghreb, Afrique Noire, Indochine... L'idéologie coloniale repose sur une conception de "l'indigène", sauvage, que la République va doucement amener aux lumières de la "civilisation". L'Empire colonial français a construit son système à partir d'un certain nombre de mythes fondateurs dont vous trouverez ici quelques illustrations...
" LE COLONIALISME PORTE EN LUI LA TERREUR. IL EST VRAI. MAIS IL PORTE AUSSI EN LUI, PLUS NÉFASTE ENCORE PEUT-ÊTRE QUE LA CHICOTTE DES EXPLOITEURS, LE MÉPRIS DE L'HOMME, LA HAINE DE L'HOMME, BREF LE RACISME. QUE L'ON S'Y PRENNE COMME ON LE VOUDRA, ON ARRIVE TOUJOURS À LA MÊME CONCLUSION. IL N'Y A PAS DE COLONIALISME SANS RACISME. "
Aimé Cesaire, dans La Nouvelle Critique, janvier 1954
08 mars 2006
LA "DECOUVERTE", SES GENOCIDES
Ils se précipitèrent pour les accueillir...
Des hommes et des femmes Arawak, nus et bruns, et remplis d'émerveillement, quittèrent leurs villages pour les plages de l'île, et se jetèrent à l'eau pour voir de plus près l'étrange gros navire...
Quand Colon (Colomo, Colomb) et ses marins débarquèrent, armés de leurs épées, parlant leur étrange langage, les Arawak se précipitèrent pour les accueillir, leur apportant de la nourriture de l'eau, des cadeaux.
Plus tard, il écrira ceci: "Ils nous apportèrent des perroquets, des ballots de coton, des javelots et bien d'autres choses, qu'ils échangèrent contre des perles de verre et des grelots. Ils échangèrent de bon cœur tout ce qu'ils possédaient.
Ils étaient bien bâtis, avec des corps harmonieux et des visages gracieux (...) Ils ne portent pas d'armes - et ne les connaissent d'ailleurs pas, car lorsque je leur ai montré une épée, ils la prirent par la lame et se coupèrent, par ignorance. Ils ne connaissent pas le fer. Leurs javelots sont faits de roseaux. Ils feraient de bons serviteurs. Avec cinquante hommes, on pourrait les asservir tous et leur faire faire tout ce que l'on veut."
Ces Arawak des îles Bahamas ressemblaient fort aux Indiens du Continent qui étaient "remarquables - comme le répétèrent de nombreuses fois les visiteurs européens - pour leur sens de l'Hospitalité et du Partage.
Ces traits n'apparaissaient guère dans l'Europe de la Renaissance, dominée qu'elle était par la religion des papes, le gouvernement des rois et la frénésie de l'argent qui marquèrent la civilisation occidentale et son "premier émissaire vers les Amériques", Cristobal Colon. Il écrivit: "Dès que j'arrivai aux Indes sur la première île que je rencontrai, je m'emparais par la force de quelques indigènes, afin qu'ils apprennent et puissent me donner des renseignements sur tout ce qu'on pouvait trouver dans ces régions."
"Où est l'or?"
Le renseignement qui obsédait Colon était "où es l'or ?". Il avait persuadé le roi et la reine d'Espagne de financer une expédition vers le terres et les richesses qu'il comptait bien trouve de l'autre côté de l'Atlantique - les Indes, l'Asie, et l'or et les épices. Car, comme bien des gens instruits de son temps, il savait que la Terre est ronde et qu'il pouvait naviguer vers l'Ouest pour atteindre I'Extrême-Orient. L'Espagne - l'un de ce tout nouveaux états-nations comme la France, l'Angleterre ou le Portugal, venait de réaliser son unité. Sa population, constituée principalement de paysans pauvres, travaillait pour la noblesse qui représentait 2% de celle-ci et possédait 95% des terres. L'Espagne venait de se lier à l'Eglise catholique, expulsant tous les Juifs et chassant tous les Maures. Comme d'autres états de ce monde moderne, l'Espagne était en quête d'or, cet or qui devenait le nouveau symbole de la richesse, plus utile que la terre elle-même, parce qu'il permettait d'acheter n'importe quoi. Il y avait de l'or en Asie et certaines soieries, et des épices, pensait-on, car des siècles auparavant, Marco Polo avait rapporté des choses merveilleuses de ses expéditions lointaines. Maintenant, que les Turcs avaient conquis Constantinople et la Méditerranée orientale, contrôlant ainsi les voies terrestres vers l'Asie, il fallait bien trouver une voie maritime. Les marins portugais traçaient un chemin en contournant la pointe sud de l'Afrique.
Gloriole et cupidité
L'Espagne, elle, tenta le pari d'une longue navigation à travers un océan inconnu. S'il rapportait de l'or et des épices, les souverains espagnols lui promettaient en échange 10% des profits, le poste de Gouverneur sur les "terres nouvelles", ainsi que la gloire qui accompagnerait un nouveau titre: "Amiral de la Mer Océane". Il était le commis d'un marchand de la cité italienne de Gênes, tisserand à ses heures car fils d'un tisserand qualifié et habile marin. Il partit avec trois voiliers, dont le plus grand était la Santa Maria, 100 pieds de longs et 39 hommes d'équipage... Colon n'aurait jamais atteint l'Asie qui était à des milliers de miles de ce qu'il avait calculé, imaginant un monde plus petit qu'il ne l'est. Il aurait été condamné par cette immense étendue d'eau. Mais il eut de la chance. Au quart du voyage environ, il rencontra une terre inconnue", non mentionnée sur les cartes, entre l'Europe et l'Asie, les Amériques. C'était au début d'octobre 1492, et trente-trois jours après que lui et ses hommes eurent quitté les îles Canaries, au large de la côte atlantique de l'Afrique...
Voleur de prime
A présent, ils pouvaient voir des branches et des brindilles flottant sur l'eau; ils voyaient des bandes d'oiseaux. Tout cela annonçait une terre. C'est alors que le 12 octobre, au petit matin, un marin nommé Rodrigo aperçut des sables blancs éclairés par la lune. Il cria. C'était une île des Bahamas, dans la mer des Caraïbes. Le premier homme qui verrait la terre était supposé recevoir à vie une pension annuelle de 10 000 maravédis.., mais Rodrigo ne la reçut jamais - Colon prétendit qu'il avait, lui, perçu une lumière la veille au soir, et c'est lui qui eut la récompense.
Capture de villageois Arawak
Ainsi, s'approchant du rivage, ils furent accueillis par les Indiens Arawak qui nagèrent à leur rencontre. Les Arawak vivaient dans des communautés villageoises, avaient une agriculture florissante basée sur la culture du maïs, de l'igname, etc. Ils savaient filer et tisser, mais n'employaient pas d'animaux de trait. Ils ne connaissaient pas le fer, mais arboraient de minuscules bijoux d'or à leurs oreilles... Ce détail devait avoir d'énormes conséquences : Colon captura certains d'entre eux et les emmena comme prisonniers à son bord afin qu'ils le guident vers la source de cet or. Il navigua dès lors vers ce qui est maintenant Cuba, puis vers Hispaniola - île qui est aujourd'hui porteuse de Haïti et de la République dominicaine. Là, quelques pépites visibles dans les rivières, ainsi qu'un masque d'or montré à Colon par un chef indien local, firent naître de folles visions de gisements aurifères.
Hispaniola, première base militaire européenne
Sur Hispaniola, à l'aide de poutres provenant de l'échouage de la Santa Maria, Colon bâtit un fort, la première base militaire européenne dans l'hémisphère occidental. il l'appela Navidad (Nativité) et y laissa 39 hommes d'équipage ayant pour mission de prospecter et de stocker de l'or. Il captura d'autres Indiens et les fit monter à bord des deux bateaux qui restaient.
Une violence sans scrupules
A un certain endroit de I 'île, il se battit avec des Indiens qui refusaient d'échanger autant d'arcs et de flèches que lui et ses hommes en exigeaient. Deux Indiens furent transpercés par des épées et se vidèrent de leur sang. Ensuite la Nina et la Pinta firent voiles vers les Açores et l'Espagne. Quand le temps tourna au froid, les prisonniers indiens commencèrent à mourir.
Des mensonges extravagants
Le rapport de Colon à la Cour d'Espagne fut extravagant. Il prétendit qu'il avait atteint l'Asie - Cuba, en réalité - et une île au large de la Chine - Hispaniola. Ses descriptions étaient pour une part réalité et pour une part pure invention: "Hispaniola est une merveille ; montagnes et collines, plaines et pâturages sont à la fois fertiles et de toute beauté.
Les ports sont incroyablement bons, et il y a de nombreuses et larges rivières dont la plupart contiennent de l'or. (...)
Il y a de nombreuses épices, et de grands gisements d'or et d'autres métaux..."
Les Indiens, selon Colon, "sont si naïfs et si libres en ce qui concerne leurs biens, que personne ne pourrait le croire sans le voir. Quand vous leur demandez quelque chose qu'ils possèdent, ils ne disent jamais non; au contraire, ils offrent de partager avec n'importe qui..."
Il conclut son rapport en demandant à leurs "Majestés" une petite aide en échange de quoi il leur rapporterait de son prochain voyage "autant d'or qu'il leur faudrait et autant d'esclaves qu'elles demanderaient." Il parlait à grand renfort de religion : "Ainsi le Dieu éternel, notre Seigneur, donne la victoire à ceux qui suivent ses pas en dépit de tout ce qui semble impossible."
Suite à ce rapport exagéré et à ses promesses, on lui accorda, pour sa seconde expédition dix-sept navires et plus de 1200 hommes. Le but était clair : des esclaves et de l'or. Ils passèrent d'île en île capturant des Indiens. Mais comme la nouvelle sur les réelles intentions des Européens se répandait, ils trouvaient de plus en plus de villages vides...
Sur Haïti, ils découvrirent que les marins laissés à Fort Navidad avaient été tués au cours d'une bataille avec les Indiens causée par l'écumage de l'île à la recherche d'or et par les captures de femmes et d'enfants devant servir d'esclaves au travail comme au lit. Dès lors de sa base à Haïti, Colon lança expédition sur expédition vers l'intérieur des terres. Ils n'y trouvèrent aucun gisement d'or et furent contraints d'emplir les cales en compensation avec des produits quelconques.
Le crime esclavagiste
En 1495, ils lancèrent une grande expédition à la recherche d'esclaves ; ils capturèrent 1500 Arawak, hommes, femmes, enfants, qu'ils parquèrent dans des enclos surveillés par des Espagnols et des chiens ; puis ils choisirent les "500 meilleurs spécimens" et les chargèrent sur les navires. Sur ces 500, 200 moururent en route. Les autres arrivèrent vivants en Espagne et furent mis en vente par l'archidiacre de la ville; celui-ci rapportera que, "bien que les esclaves fussent nus comme au jour de leur naissance, ils ne montraient pas plus de gêne que des animaux."
Et Colon écrira plus tard: "Continuons, au nom de la sainte Trinité, à envoyer autant d'esclaves qu'on peut en vendre."
Mais trop d'esclaves mouraient en captivité ; alors Colon, sommé de rembourser les sommes que d'autres avaient investies, dut tenir sa promesse de remplir d'or ses bateaux.
Trancher des mains
Dans la province de Licao, sur Haïti, là où lui et ses hommes croyaient qu'il existait d'énormes gisements, ils ordonnèrent à tous les individus de plus de 14 ans de fournir une certaine quantité d'or tous les trois mois; quand ils l'apportaient, on leur donnait des colifichets de cuivre à se mettre au cou. Ensuite les Indiens que l'on trouvait sans ces objets sur eux avaient les mains tranchées et on les laissait mourir.
La mort pour seul refuge
On avait imposé aux Indiens une tâche impossible. Le seul "or" que l'on pût trouver n'était qu'un peu de poussière filtrée dans les rivières. Alors ils s'enfuirent ; ils furent pourchassés par des chiens et tués. Tentant de se regrouper pour résister, les Arawak se trouvèrent face à des Espagnols en armure, armés de mousquets et d'épées, et montés sur des chevaux. Quand les Espagnols capturaient des prisonniers, ils les pendaient ou les brûlaient. Alors les suicides collectifs des Arawak commencèrent - avec l'aide du poison de cassave. Les petits enfants étaient tués pour les épargner de l'Espagnol. En l'espace de deux ans, la moitié des 250000 Indiens de Haïti avaient péri, par le meurtre, la mutilation, ou le suicide.
Arawak: génocide total et fulgurant
Quand il s'avéra évident qu'il ne restait plus aucune quantité d'or, les indiens furent emmenés comme esclaves dans d'immenses domaines, connus plus tard sous le nom de "condominiums". On les y faisait travailler à un rythme d'enfer, ce qui les fit mourir par milliers. En 1515, il restait peut-être 50 000 Indiens vivants. En 1550, il en restait 500.
Un rapport datant de 1650 indique qu'à cette date il ne restait plus AUCUN des Arawak originels ou de leurs descendants sur l'île.
Las Casas, témoin horrifié
La source d'information essentielle - et la seule en bien des domaines - relatant ce qui se passa sur ces îles après Colon, réside dans les écrits de Bartolome de Las Casas qui, en tant que prêtre novice, participa à la conquête de Cuba. Durant un certain temps, il posséda une plantation sur laquelle travaillaient des esclaves indiens. Mais il l'abandonna pour devenir un virulent critique de la cruauté des Espagnols.
Las Casas transcrivit le journal de Colon et, à l'âge de 50 ans environ, commença à rédiger une série de volumes sur l'Histoire des Indes. Dans cette Histoire, il donne une description des Indiens: "Ils sont agiles et peuvent parcourir de longues distances à la nage, surtout les femmes. Ils ne sont pas totalement pacifiques, car il leur arrive de temps à autre de se battre avec d'autres tribus, mais ils ne s'infligent, semble-t-il, que des pertes légères, et ils ne se battent que s'ils y sont poussés personnellement par quelque grief, et non pas sur l'ordre de capitaines ou de souverains."
Dans la société indienne, les femmes étaient si bien traitées que cela étonnait grandement les Espagnols. Las Casas décrit ainsi les relations entre les sexes: "Il n'existe pas de loi sur le mariage. Les hommes comme les femmes choisissent leurs partenaires et les quittent quand ils le veulent, sans offense, jalousie ou colère. Ils se reproduisent en grand nombre ; les femmes enceintes travaillent jusqu'au dernier moment et accouchent presque sans douleurs. Debout dès le lendemain, elles se baignent à la rivière et se trouvent aussi fraîches et en bonne santé qu'avant l'accouchement. Si elles se lassent de leurs hommes, elles se font avorter avec des herbes qui provoquent des fausses-couches, couvrant leurs parties honteuses avec des feuilles ou des linges de coton. Cependant, dans l'ensemble, les Indiens, hommes et femmes, considèrent la nudité totale avec autant d'indifférence que nous regardons le visage ou les mains de quelqu'un."
Extrêmement généreux
Les Indiens, nous dit Las Casas, "n'ont pas de religion, du moins pas de temples. Ils vivent dans de larges bâtisses communes de forme arrondie qui abritent jusqu'à 600 personnes à certains moments (...) faites de bois très robuste et recouvertes de feuilles de palmier (...). Ils apprécient les plumes d'oiseaux de diverses couleurs, les perles tenues par des arêtes et les pierres blanches et vertes avec lesquelles ils parent leurs oreilles et leurs lèvres, mais ils n'accordent aucune valeur à l'or et autres objets "précieux". Ils n'ont aucune notion de commerce, d'achat ou de vente de quoi que ce soit, et ils dépendent exclusivement de leur milieu naturel pour survivre. Ils sont extrêmement généreux de leurs biens et, du même coup, s'intéressent aux biens de leurs amis, attendant d'eux le même degré de générosité."
"Doux et pacifiques"
Dans le Livre Il de l'Histoire des Indes, Las Casas - qui, initialement, avait insisté pour que les Indiens soient remplacés par des esclaves noirs jugés plus résistants et mieux à même de survivre, mais qui, par la suite, voyant les effets produits sur ceux-ci, s'était rétracté - nous parle du traitement infligé aux Indiens par les Espagnols. C'est là un compte-rendu unique en son genre, et il mérite d'être cité in extenso: "Des témoignages innombrables attestent le tempérament doux et pacifique des Indigènes... Mais notre tâche consistait à exaspérer, ravager, tuer, piller et détruire; il n'est pas étonnant, dés lors, qu'ils aient essayé de tuer l'un des nôtres...
Il est vrai que l'amiral, comme tous ceux qui lui succédèrent, était aveuglé et si obsédé par l'idée de plaire au roi qu'il commit des crimes irréparables contre les Indiens..."
Las Casas raconte que les Espagnols "devinrent chaque fois plus méfiants" et, au bout d'un certain temps, en arrivèrent à refuser de trop s'éloigner. Ils "grimpaient à dos d'Indien quand ils étaient pressés" ou étaient transportés sur des litières par des Indiens se relayant en courant. "Dans ce cas-là, ils faisaient également porter aux Indiens de grandes feuilles d'arbres pour se protéger du soleil et, à d'autres, de grandes plumes d'oie pour les éventer."
Une volonté de contrôle total entraîna une cruauté totale: "Les Espagnols n'éprouvaient aucun scrupule à poignarder les Indiens par dizaines et dizaines, et à les découper en tranches pour tester le coupant de leurs lames."
Las Casas raconte de quelle façon "deux de ces soi-disant chrétiens rencontrèrent un jour deux jeunes Indiens portant chacun un perroquet; ils leur prirent les perroquets et, pour s'amuser, les décapitèrent."
Les tentatives de défense des Indiens échouèrent. Et lorsqu'ils s'enfuyaient dans les collines, ils étaient retrouvés et tués. En conséquence, rapporte Las Casas, "ils souffraient et mouraient dans les mines et à d'autres labeurs, dans un silence désespéré, ne connaissant personne au monde à qui s'adresser pour recevoir de l'aide."
Il décrit ainsi leur travail dans les mines: "Les montagnes sont ouvertes de haut en bas et de bas en haut un millier de fois; ils creusent, fendent les roches, déplacent les pierres, et transportent les scories sur leurs dos pour aller les laver dans les fleuves. Quant à ceux-là mêmes qui lavent l'or, il restent tout le temps dans l'eau, le dos tellement courbé en permanence qu'ils se cassent la colonne vertébrale et lorsque l'eau envahit les mines, la tâche la plus ardue entre toutes consiste à assécher la mine en écopant avec des casseroles rejetées à l'extérieur, par le haut.
Après 6 ou 8 mois de ce travail dans les mines, temps nécessaire à chaque équipe pour extraire suffisamment d'or pour une coulée, près d'un tiers des hommes décédait.
Pendant que les hommes étaient envoyés aux mines, à bien des kilomètres de chez eux, les femmes restaient à travailler le sol, forcées d'exécuter la tâche épuisante de creuser et aménager des milliers de buttes pour les plants de cassave. Ainsi, maris et femmes n'étaient ensemble que tous les huit ou dix mois et, lors de leurs retrouvailles, ils étaient si exténués et déprimés chacun, qu'ils cessèrent de procréer. Les nouveau-nés quant à eux, mouraient très jeunes, car leurs mères, surchargées de travail et affamées n'avaient pas de lait pour les nourrir; c'est pour cette raison que, pendant mon séjour à Cuba, 7000 enfants moururent en trois mois. Certaines mères, poussées par le désespoir, en arrivaient même à noyer leur bébé. C'est ainsi que les hommes mouraient aux mines, les femmes aux labours, et les nourrissons par manque de lait... Et en peu de temps cette terre qui était si belle, si puissante et si fertile... fut dépeuplée.
Mes yeux ont vu ces actes si étrangers à la nature humaine et à présent, en écrivant ceci, ma main tremble."
En arrivant à Hispaniola, en 1508, voici ce que dit Las Casas: "60 000 personnes vivaient sur cette île, y compris les Indiens; de sorte qu'entre 1494 et 1508 ce sont plus de trois millions de personnes qui périrent suite aux rafles, à l'esclavage et aux mines. Qui pourra y croire dans les générations futures? Moi-même, qui écris ceci en qualité de témoin oculaire reconnu, ai du mal à y croire..."
C'est ainsi que commença, il y a 500 cents ans, l'histoire de l'invasion européenne des populations indiennes des Amériques. Au commencement, à la lecture de Las Casas (même si ses chiffres sont approximatifs car y avait-il 3 millions d'Indiens déjà, comme il le dit, ou bien 250 000, comme l'évaluent les historiens modernes?) étaient la Conquête, l'Esclavage, la Mort.
Le Passé en quête d'Histoire
Lorsqu'on regarde les livres d'histoire au programme des écoles aux Etats-Unis, tout commence par une "aventure héroïque" - pas de bain de sang - et le Columbus Day (Le Jour de Colomb) est Fête Nationale. Après le primaire et le secondaire, il n'y a que quelques pistes autres, de ci de là. Samuel Eliot Morrison, l'historien de Harvard fut l'auteur le plus émérite sur Colomb; il rédigea sur lui une biographie de plusieurs volumes et, marin lui-même, refit son périple à travers l'Atlantique. Dans son livre à succès, "Christophe Colomb le Marin", rédigé en 1954 il parle de l'esclavage et des massacres en ces termes: "La politique cruelle entamée par Colomb et poursuivie par ses successeurs entraîna un génocide total"
Cela apparaît à une seule page, au détour de la narration d'une grande épopée; c'est dans le dernier chapitre de l'ouvrage que Morrison résume sa vision de Colomb: "Il avait ses failles et ses défauts, mais c'était en bonne partie le revers des qualités qui ont fait de lui un "grand homme" - son inébranlable volonté, sa fulgurante croyance en Dieu et en sa mission, lui en tant que "porteur de la parole du Christ au-delà des eaux", sa détermination entêtée en dépit du
laisser-aller, de la pauvreté et du découragement. Il n'y avait cependant aucune faille, aucune ombre à sa qualité la plus remarquable et la plus fondamentale, son art de la navigation."
On peut mentir de façon éhontée à propos du passé. On peut encore omettre des faits qui pourraient mener à des conclusions inacceptables. Morrison ne fait ni l'un ni l'autre. Il se refuse à mentir en ce qui concerne Colomb. Il n'élude pas la question des massacres en masse; d'ailleurs même, il les décrit avec le mot le plus dur que l'on puisse employer: un génocide. Mais il n'en reste pas là; il évoque la vérité à la va-vite et passe à d'autres choses plus importantes a ses yeux. Un mensonge éhonté ou une omission silencieuse comportent le risque d'être décelés ce qui alors peut pousser le lecteur à se rebeller contre l'auteur. Enoncer les faits, cependant, et les noyer ensuite dans une masse d'informations autres cela revient à dire au lecteur avec un certain calme contagieux : "oui, il y a bien eu des massacres en masse,
mais ce n'est pas important au point que cela doive peser - même d'un faible poids - dans notre jugement global; cela ne devrait que très peu affecter notre action dans le monde."
La responsabilité de l'Historien
Ce n'est pas que l'historien puisse éviter de mettre l'accent sur certains faits et pas sur d'autres. Cela lui est aussi naturel que ça peut l'être pour le cartographe qui, pour dresser une carte utilisable à des fins pratiques, doit d'abord gommer et tronquer la forme de la Terre, puis choisir dans la masse incroyable d'informations géographiques ce qui sera nécessaire pour telle ou telle carte plus particulièrement. Mon argumentation ne peut porter contre la sélection, la simplification,
la priorité, qui sont inévitables chez le cartographe comme chez l'historien.
La distorsion du cartographe, toutefois, est une nécessité technique pour un objectif commun partagé par tous ceux qui ont besoin de cartes. La distorsion de l'historien, elle, est plus que technique, elle est idéologique ; elle se produit dans un monde d'intérêts en conflit où tout choix de priorité (que l'historien en ait ou non l'intention) soutient l'un de ces intérêts, qu'il soit économique, politique, racial, national ou sexuel.
En outre, cet intérêt idéologique ne s'exprime pas ouvertement, comme peut être évident l'intérêt technique du cartographe - "Voici une projection Mercator pour la navigation de long cours; pour le moyen cours il vaut mieux utiliser une projection différente"... - Non il est présenté comme si tous les lecteurs d'histoire avaient un "intérêt commun" que servent les historiens dans la mesure de leurs capacités.
Il ne s'agit pas là de déception intentionnelle l'historien a été formé dans une société où l'enseignement et la connaissance sont mis en avant en tant que critères techniques de l'excellence, et non comme instrument de confrontation entre les classes sociales les races et les nations.
Souligner "l'héroïsme de Colomb" et de ses successeurs en tant que "navigateurs et découvreurs" et oublier volontairement le génocide qu'ils ont pratiqué, ce n'est pas une nécessité technique, mais un choix idéologique.
Cela permet, parfois involontairement, de justifier ce qui a été commis.
Refuser le "prix du Progrès"
Je ne cherche pas à dire que, lorsque nous racontons l'histoire, nous devons accuser, juger ou condamner Colomb par contumace. Il est trop tard pour cela; ce serait d'ailleurs un exercice intellectuel de morale inutile. Cependant, accepter un peu facilement les atrocités "comme prix regrettable pertes, mais nécessaire, à payer pour le progrès"... ( Hiroshima et le Vietnam, pour sauver la civilisation occidentale"; Kronstadt et la Hongrie, pour "sauver le socialisme"; la prolifération nucléaire pour "notre salut à tous etc.) Là, NOUS POUVONS ENCORE AGIR. L'une des raisons pour lesquelles ces atrocités sont toujours d'actualité, c'est que nous avons appris à les noyer dans une masse de faits autres de la même façon que les déchets radioactifs son enterrés dans des containers enfouis sous la terres. Nous avons appris à leur accorder exactement la même part d'attention que celle que leur accordent souvent les enseignants et les auteurs dans les plus respectables cours et manuels. Ce sens acquis de la part morale, quand il nous vient de l'apparent objectivité de l'académicien, nous l'acceptons plus facilement que lorsqu'il est exprimé par des hommes politiques lors de conférences de presse... ce qui a une tournure plus meurtrière.
Sortir de l'acceptation muette
La façon de considérer les "héros" (Colomb) et leurs victimes (les Arawak), l'acceptation muette de la conquête et des massacres au nom du "Progrès", ce n'est là qu'un aspect d'une certaine approche de l'histoire, où le passé est narré à parti du point de vue des gouvernements, de conquistadores des diplomates, des dirigeants. C'est comme si eux, au même titre que Colomb méritaient une reconnaissance universelle, comme si eux - les "Pères fondateurs", les Jackson, Lincoln, Wilson, Roosevelt et Kennedy, les parlementaires têtes de file, les célèbres juges de la Cour Suprême -, représentaient la nation dans son ensemble.
L'idée sous-jacente est qu'il existe bien une entité "Etats-Unis", sujette à des querelles et des conflits occasionnels, mais qui constitue fondamentalement une communauté de personnes aux intérêts communs. C'est comme S'il y avait bien un "intérêt national" exprimé dans la Constitution, dans l'expansion du territoire, dans les lois adoptées par le Congrès, dans les décisions des tribunaux, dans le développement du capitalisme, dans la culture, l'éducation et les médias.
Un monde désintégré
"L'Histoire est la mémoire des états", écrit Henri Kissinger dans son premier livre, "Un monde rétabli", dont le propos est d'écrire l'histoire de l'Europe au XIXème siècle vue par les dirigeants d'Autriche et d'Angleterre, en laissant pour compte les millions de personnes qui souffrirent des politiques de ces hommes d'état. De son point de vue, la "paix" dont jouissait l'Europe avant la Révolution française fut "rétablie" par la diplomatie d'une poignée de dirigeants nationaux. Mais pour les ouvriers des usines d'Angleterre, pour les paysans en France, pour les personnes de couleur d'Afrique et d'Asie, pour les femmes et les enfants - partout sauf dans les classes aisées - , ce fut un monde de conquêtes, de violences, de famines et d'exploitation - non pas un monde "rétabli", mais un monde désintégré.
Mon regard, en racontant l'histoire des Etats-Unis, est différent c'est que nous ne devons pas accepter la mémoire des états comme étant la nôtre. Les nations ne sont pas des communautés et ne l'ont jamais été. L'histoire de tout pays, qui serait présentée comme l'histoire d'une famille, cache de féroces conflits d'intérêts - qui explosent parfois mais, le plus souvent, sont réprimés - entre conquérants et conquis, maîtres et esclaves, capitalistes et travailleurs, dominants et dominés par la race ou le sexe. Alors dans un monde de conflits de cette sorte, un monde de victimes et de tortionnaires, il appartient à ceux qui réfléchissent, comme l'a indiqué Albert Camus, de ne pas être du même bord que les tortionnaires.
Quelle préférence?
De cette façon, pour un positionnement inévitable qui découle des choix et priorités à arrêter dans la narration de l'Histoire, je préfère essayer de raconter l'histoire de la "découverte de l'Amérique" vue par les ARAWAK, de la Constitution vue par les esclaves, d'Andrew Jackson, vu par les Cherokee, de la Guerre civile vue par les Irlandais de New-York, de la Guerre du Mexique vue par les déserteurs de l'armée de Scott, de la montée de l'industrialisation vue par les jeunes femmes des fabriques de textiles de Lowell, de la Guerre hispano-américaine vue par les Cubains, de la conquête des Philippines vue par les soldats noirs du Luzon, de l'Age Gilded - d'or - vu par les fermiers du Sud, de la Première Guerre Mondiale vue par les Socialistes, de la Second Guerre Mondiale vue par les Pacifistes, du New Deal vu par les Noirs de Harlem, de l'empire américain de l'après-guerre vu par les travailleurs manuels d'Amérique Latine... Et ainsi de suite dans la mesure toute circonscrite où une personne quel que soit l'effort qu'il ou elle déploie, parvienne à "VOIR" l'histoire sous l'angle de vision d'autres personnes.
L'énergie morale du présent
Je n'essaie pas ici de pleurer les victimes et de dénoncer les tortionnaires. Ces larmes, cette colère se projettent dans le passé, puisent dans notre énergie morale du présent. Et la démarcation n'est pas toujours aisée. A long terme, l'oppresseur est aussi victime. A court terme - et jusqu'à présent - l'histoire humaine n'a été faite que de court termes - les victimes, désespérées et elles-mêmes imprégnées de la culture qui les opprime, s'en prennent à d'autres victimes.
Les prétendues communautés nationales
Ce livre pourtant, tout en tenant compte de la complexité des problèmes soulevés, restera critique à l'égard des gouvernements et de leurs tentatives pour prendre au piège les citoyens ordinaires, par le biais de la politique et de la culture, pour les enfermer dans une gigantesque toile d'araignée, celle de l'allégeance à de prétendues communautés nationales, qui font passer leur intérêt pour de l'intérêt général. Je m'efforcerai de ne pas sous-estimer les cruautés dont les victimes sont capables les unes envers les autres lorsqu'elles sont coincées ensemble dans les wagons à bestiaux du système. Je ne cherche pas à donner de ces victimes une image romantique. Mais je n'oublie pas non plus cette phrase que j'ai lue il y a longtemps et que je cite de mémoire: "Les cris de douleur des pauvres gens n'impliquent pas forcément qu'ils sont des justes, mais si on les ignore, jamais on ne saura ce qu'est vraiment la justice".
Chercher notre avenir dans le passé "méconnu"
Je ne veux pas attribuer à des mouvements populaires des victoires imaginaires. Mais croire que la seule raison d'être de l'historien est de faire la liste des échecs du passé, revient à le transformer en collaborateur d'un cycle de défaites sans fin. Si par contre on pense que l'histoire est créatrice, qu'elle a pour tâche de se tourner vers l'avenir en tirant les leçons du passé, l'historien doit à mon avis chercher à mettre en lumière les possibilités nouvelles qui s'offrent à nous en révélant les épisodes mal connus du passé, les épisodes même très brefs, où les peuples ont manifesté leur capacité à résister, à s'unir, et parfois à remporter la victoire. Je pose comme principe - et peut-être n'est-ce qu'un espoir - que notre avenir est à lire dans les rares épisodes du passé, où c'est la compassion qui a dominé, plutôt que dans les siècles et les siècles de guerre. Telle est, je le dis tout net, ma façon d'aborder l'histoire des Etats-Unis. Il vaut mieux que le lecteur le sache avant d'aller plus loin.
Ce que Colomb a fait subir aux Arawak des Bahamas, Cortès l'a fait subir aux Aztèques du Mexique, Pizarro aux Inca du Pérou, et les colons de Virginie et du Massachusetts aux Powhatan et aux Pequot.
La civilisation aztèque était l'héritière des cultures maya, zapotèque et toltèque. Elle a construit des monuments gigantesques avec des outils de pierre à la sueur des hommes ; elle avait un système d'écriture et un clergé. N'oublions pas non plus qu'elle aurait "sacrifié" des milliers de personnes. Mais la dureté des Aztèques n'excluait pas une certaine naïveté : lorsque la flotte espagnole se présenta à Vera Cruz et qu'ils virent débarquer un homme blanc et barbu, tout habillé de métal, accompagné d'animaux très étranges (des chevaux), les indigènes pensèrent qu'il s'agissait du mystérieux "Quetzalcoaltus", l'homme-dieu de leur légende, celui qui était mort trois cents ans plus tôt en leur promettant de revenir. Ils lui firent donc bon accueil, et le reçurent avec magnificence.
Les crimes de Cortès, mercenaire béni
Cet homme, en fait, venait d'Espagne et s'appelait Hernando Cortès. Son expédition, financée par des marchands et des propriétaires ternens, était bénie par les représentants de Dieu. Il n'avait qu'un but, un seul : trouver de l'or. Le roi des Aztèques, Montezuma, ne croyait sans doute pas qu'il s'agissait de "Quetzalcoaltus". En effet, tout en lui dépêchant cent coureurs avec des trésors innombrables, des objets d'or et d'argent d'une beauté éblouissante, il le pria quand même de s'en retourner (Quelques années plus tard, Dürer décrira ce qu'il avait vu de ces cadeaux rapportés en Espagne : un soleil en or, une lune en argent, d'une valeur inestimable.)
Une succession de massacres
Cortès entreprit ensuite sa marche de ville en ville, en semant la mort sur son passage. Il trompa les Aztèques, les dressa les uns contre les autres, les tua méthodiquement, suivant une stratégie précise, pour paralyser la volonté de résistance de la population par des actions soudaines et effroyables. C'est ainsi qu'à Cholulu, il invita les chefs de la nation Cholola à venir le rejoindre sur la grande place, et lorsqu'ils arrivèrent accompagnés d'une suite de plusieurs personnes sans armes, la poignée de cavaliers espagnols qui étaient postés tout autour avec des fusils et des arbalètes les massacrèrent jusqu'au dernier. Puis ils mirent la ville à sac et reprirent leur route. Au bout de cette chevauchée meurtrière, ils se retrouvèrent à Mexico. Montezuma était mort, et la civilisation aztèque, vacillant sur ses bases, était aux mains des Espagnols, comme ils le disent eux-mêmes dans leurs récits.
Et Pizarro saignait le Pérou
Au Pérou, l'autre conquistador espagnol, Pizarro, employa la même tactique, avec le même objectif. Une véritable frénésie avait saisi les états d'Europe, où le capitalisme était en train de naître, pour s'emparer des esclaves et des produits de la terre qui leur serviraient à payer les obligataires et les actionnaires des expéditions, pour financer les monarchies bureaucratiques qui se formaient alors en Europe occidentale, pour accélérer la croissance de la toute nouvelle économie financière qui succédait au système féodal, pour participer à ce que Karl Marx allait plus tard appeler "l'accumulation primitive du capital".
C'est dans cette violence qu'a débuté le système complexe où se mêlent la technique, les affaires, la politique et la culture, système qui domine le monde depuis cinq cents ans. Dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord, la même structure fut mise en place très tôt, comme l'avait fait Colomb aux Bahamas.
Grenville en Virginie
En 1585, avant qu'une colonie n'y soit installée de façon permanente, Richard Grenville accosta en Virginie avec sept navires. Les indiens qu'il rencontra étaient accueillants, mais quand l'un d'eux lui déroba une petite coupelle en argent, Grenville mit à sac et brûla leur village. La ville de Jamestown elle-même fut construite sur le territoire d'une confédération Indienne avec à sa tête, Powhatan. Celui-ci se contenta d'observer l'installation des Anglais sur les terres de son peuple sans les attaquer, en gardant tout son calme.
Carnage contre Powhatan
Au cours de l'hiver 1610, lorsque la famine décima les rangs des Anglais, certains de ceux-ci s'enfuirent auprès des Indiens, où ils savaient pouvoir au moins trouver à manger. L'été venu, le gouverneur de la colonie fit demander à Powhatan de lui rendre les fugitifs; à quoi Powhatan répondit, comme le disent les textes anglais, "d'une manière forte, hautaine et méprisante". Les Anglais envoyèrent donc leurs soldats "exercer vengeance". Ceux-ci attaquèrent le campement indien, tuèrent quinze ou seize personnes, brûlèrent les maisons, fauchèrent les récoltes de maïs, et emmenèrent la reine de la tribu et ses enfants dans leurs embarcations ; puis ils jetèrent les enfants à la mer et "leur tirèrent une balle en pleine tête tandis qu'ils étaient dans l'eau". Plus tard ils devaient également tuer la reine, à coups de couteaux.
Au bout de douze ans, les Indiens, qu'inquiétait le nombre croissant d'établissements anglais, prirent vraisemblablement la décision d'essayer de les éliminer tous d'un coup. Ils se mirent en rage et massacrèrent trois cent quarante sept hommes, femmes et enfants. Dès le début, ce fut une guerre totale.
Politique anglaise d'extermination
Incapables aussi bien de vivre avec les Indiens que d'en faire leurs esclaves, les Anglais décidèrent de les exterminer. Dans son histoire des premiers temps de la Virginie. "American Slavery, American Freedom" ("Esclavage et Liberté en Amérique"), Edmund Morgan écrit: "Comme les Indiens étaient de meilleurs hommes des bois que les Anglais, et qu'il était pratiquement impossible de les dépister, les Anglais choisirent de feindre des intentions pacifiques en les laissant s'installer et planter leur maïs où bon leur semblait, puis juste avant la récolte, ils les attaquaient, en tuaient le plus possible et brûlaient le maïs. Deux ou trois ans à peine après le premier massacre, les Anglais avaient vengé plusieurs fois leurs morts de ce jour-là."
D'inutiles appels à la raison
En 1607, première année de la présence d'une colonie permanente en Virginie, Powhatan adressa à John Smith un appel qui devait s'avérer prophétique. Son authenticité n'est pas certaine, mais il est tellement semblable à d'autres doléances indiennes que même si on ne peut pas le considérer comme exact à la lettre, il l'est dans l'esprit :
"J'ai vu mourir deux générations des miens. Je sais la différence entre guerre et paix mieux que quiconque en mon pays. Je suis vieux maintenant et je vais bientôt mourir. Mon autorité va revenir à mes frères Opechan, Opechancanough et Catatough, puis à mes deux sœurs, puis à mes deux filles. Je leur souhaite d'en savoir autant que moi et que votre amour pour eux soit pareil à celui que j'ai pour vous. Pourquoi user de la force pour vous emparer de ce que vous pouvez avoir sans difficulté par l'amour ? Pourquoi voudriez-vous notre mort , alors que nous vous nourrissons? Qu'obtiendriez-vous avec une guerre ? Nous pouvons cacher nos provisions et nous enfuir dans les bois. Alors vous mourrez de faim pour avoir infligé des torts à vos amis. Pourquoi nous jalousez-vous ? Nous n'avons pas d'armes et nous voulons bien vous donner ce que vous demandez, dans la mesure où vous venez vers nous en amis mais je sais bien aussi qu'il vaut mieux manger de la bonne viande, dormir confortablement, vivre paisiblement avec mes épouses et mes enfants, rire et m'amuser avec les Anglais, acheter leur cuivre et leurs haches, plutôt que de les fuir et de dormir dans la forêt, dans le froid, ne me nourrissant que de glands, de racines et autres piètres aliments, et étant pourchassé au point de ne plus pouvoir ni manger ni dormir. Dans ces guerres-là, mes hommes doivent rester à monter la garde sans cesse, et pour peu que l'on perçoive un froissement de brindille, tous de s'écrier : "C'est le Capitaine Smith qui arrive !". C'est ainsi qu'il me faudrait finir ma triste existence... Remportez vos fusils et vos épées, cause de toute votre jalousie, sinon vous pourriez bien tous finir de la même façon."
"Nouvelle Angleterre, terre vide" (!)
Quand les "pèlerins" arrivèrent en Nouvelle Angleterre, le territoire, là non plus, n'était pas "vide" : plusieurs Peuples y habitaient. Le gouverneur de la colonie de Massachusetts Bay, John Winthrop, fut le premier à employer le raisonnement selon lequel il prenait la terre aux Indiens parce qu'elle était "vide du point de vue juridique". En effet, d'après lui, les Indiens n'avaient pas "dompté" la terre, et, par conséquent ils n'avaient sur elle qu'un droit "naturel", pas un droit "civil". Et un droit "naturel" n'avait aucun statut "légal".
Les Puritains s'appuyaient aussi sur la Bible dans laquelle on peut lire:
"Demande-le moi, et je te donnerai les païens pour héritage et les confins de la Terre pour possession." (Psaumes 2-8)
Et pour justifier l'emploi de la force dans l'appropriation des terres, ils citaient la Lettre aux Romains:
"Ainsi, quiconque résiste au Pouvoir résiste à la Loi de Dieu, et ceux-là qui résistent seront damnés." (Psaumes 13-2)
La "Guerre contre les Pequot"
Les Puritains vécurent, avec leurs voisins les Pequot, une trêve fragile. Ces Indiens occupaient ce qui est aujourd'hui le sud du Connecticut et du Rhode Island, et les blancs convoitaient leurs terres. En 1636, le meurtre d'un commerçant blanc - au demeurant un sinistre personnage qui, entre autres méfaits, avait enlevé des Indiens - servit de prétexte à la "Guerre contre les Pequot". Une "expédition punitive" quitta Boston pour attaquer les Narrangasett sur Block Island où ils étaient regroupés avec les Pequot... Voici ce qu'écrit le gouverneur Winthrop: "Ils avaient ordre de passer par les armes les hommes, mais d'épargner les femmes et les enfants, de les emmener, et de prendre possession de l'île ; et de là, ils devaient se rendre chez les Pequot pour exiger qu'ils livrent les meurtriers du capitaine Stone, et d'autres Anglais, et versent mille brasses de wampum en réparation, etc. et quelques uns de leurs enfants comme otages. Et s'ils refusaient, il leur fallait les contraindre par la force."
Les Anglais une fois sur l'île tuèrent bien quelques Indiens, mais les autres se cachèrent dans les bois. Les Anglais multiplièrent alors les raids de village en village, saccageant les récoltes. Puis ils s'en retournèrent sur le continent attaquer les villages Pequot le long de la côte et, là aussi, ils détruisirent toutes leurs récoltes. L'un des chefs du raid en raconte ceci: "Les Indiens qui nous aperçurent vinrent à nous en courant le long de la plage et en criant: "Comment ça va, les Anglais, comment ça va? Qu'est-ce qui vous amène ici?" Et, ne se rendant pas compte que nous venions leur faire la guerre, ne montraient aucune méfiance."
Terroriser les populations
C'est ainsi que débuta la "Guerre contre les Pequot". Dans les deux camps, on se livrera à des massacres. La tactique guerrière des Anglais était celle de Cortès, celle qu'on devait employer plus systématiquement au 20ème siècle : ils attaquaient délibérément la population pour semer la terreur dans les rangs "ennemis". Voici l'explication que donne l'ethnologue Francis Jennings du raid mené par John Mason contre un village Pequot situé sur la rivière Mystic, près du détroit de Long Island: "Mason suggéra de ne pas attaquer les guerriers Pequot, car il y aurait alors eu trop de pertes parmi ses troupes qui n'étaient pas bien assurées et peu aguerries. Il ne voulut donc pas livrer bataille. Il y avait d'après lui d'autres façons d'anéantir la volonté de se battre de l'ennemi. Les massacres de population peuvent avoir les mêmes effets sans présenter les mêmes risques, et c'était bien là l'objectif de Mason. Les Anglais décidèrent donc de mettre le feu aux wigwams. Voici leur propre récit : "Le capitaine ajouta : "Il nous faut les brûler", et aussitôt il entra dans un wigwam, y prit un tison, et, en mettant le feu aux nattes qui constituaient le toit, incendia l'habitation."
Le raid de John Mason
Voici comment William Bradford décrit le raid de John Mason sur le village des Pequot dans son "Histoire de la Plantation de Plymouth" : "Ceux qui échappèrent à l'incendie furent passés par l'épée, certains furent coupés en morceaux, d'autres transpercés par leurs râplères et vite tués, et seul un petit nombre parvint à s'enfuir. On suppose que cette fois-là ils en tuèrent environ 400. 11 était effrayant de voir le feu les dévorer, le sang couler en torrents, et difficile de respirer cette puanteur horrible, mais la victoire semblait si douce... Et Ils se mirent à remercier Dieu de les avoir si merveilleusement aidés en mettant leurs ennemis entre leurs mains, et en leur assurant une victoire Si rapide sur un ennemi Si fier et Si guerrier. Selon le théologien puritain Cotton Mather, "on supposa que pas moins de 600 âmes Pequot furent envoyées en enfer ce jour-là." La guerre continua. Les peuples indiens furent montés les uns contre les autres, et ne semblèrent jamais être en mesure de s'unir pour repousser les Anglais. Jennings résume ainsi la situation: "Pendant quelques temps, les Anglais adoptèrent des tactiques moins meurtrières, mais ils finirent par revenir à une politique de génocide pur et simple". "Les Indiens étaient réellement terrifiés, mais au bout d'un moment, ils en cherchèrent les raisons. Ils tirèrent trois leçons de la "Guerre contre les Pequot":
_1èrement, que les Anglais ne respecteraient pas leurs promesses les plus solennelles toutes les fois que leurs intérêts s'opposeraient à leurs devoirs.
_2èmement, que les Anglais faisaient la guerre sans scrupules ni pitié; et _3èmement que les armes fabriquées par les Indiens étaient quasiment sans effet face aux armes fabriquées en Europe.
Ces conclusions affectèrent beaucoup les Indiens."
Selon une note au bas d'une page de "Cette Terre était la Nôtre", de Virgil Vogel, publié en 1972, "le nombre officiel des Pequot vivant en ce moment au Connecticut est exactement de vingt et un". Quarante ans après la "Guerre des Pequot", les Puritains et les Indiens s'affrontèrent à nouveau.
Cette fois-là, ce fut au tour des Wampanoag qui occupaient la côte sud de la Baie du Massachusetts et qui, d'une part, gênaient les Puritains dans leur expansion territoriale et, d'autre part, commençaient à vendre une partie de leurs terres à des personnes étrangères à la Colonie de la Baie du Massachusetts. Leur chef, Massasoit, était mort. Son fils Wamsutta avait été tué par les Anglais et ce fut donc Metacom, frère de Wamsutta - et que les Anglais nommèrent plus tard "King Philip" - qui devint chef à son tour. Les Anglais prirent pour excuse un meurtre qu'ils attribuèrent à Metacom pour "déclarer la guerre" aux Wampanoag et leur prendre leurs terres. Ils étaient donc, formellement, les agresseurs, mais n'en déclarèrent pas moins avoir simplement attaqué pour des "mesures de prévention". Roger Williams, plus favorable aux Indiens que beaucoup d'autres, disait d'ailleurs que "tout homme de conscience ou de prudence varie avec le vent et déclare toujours que l'attaque est la meilleure défense." Jennings affirme que la grande majorité des Puritains voulait la guerre alors que l'Anglais moyen ne la voulait pas et refusait souvent de se battre. Les Indiens ne la désiraient certainement pas non plus, mais ils répondirent aux atrocités par d'autres atrocités. Lorsque la guerre fut terminée, les Anglais se retrouvèrent vainqueurs, mais au prix fort, car ils avaient perdu 600 hommes. Les Indiens en avaient perdu 3000, dont Metacom. Ils n'en continuèrent pas moins leurs attaques.
Finalement, les 10 millions d'indiens qui vivaient en Amérique l'arrivée du Nord lors de Christophe Colomb ne furent plus qu'un million.
"Découverte"- condamnation
Ils mouraient en très grand nombre des maladies introduites par les Blancs. Voici ce qu'écrivait un voyageur hollandais en 1656: "Les Indiens affirment qu'avant l'arrivée des Chrétiens et la propagation de la petit vérole, ils étaient dix fois plus nombreux qu'ils ne le sont aujourd'hui et que leur population a été décimée par cette maladie puisque neuf des leurs sur dix en sont morts."
Lorsque les Anglais s'établirent pour la première fois sur Martha's Vineyard en 1642, environ 3000 Wampanoag y vivaient. Aucune guerre n'eut lieu sur l'île, de même pour les Indiens de Block Island dont le nombre passa de 1500 environ en 1662 à 51 seulement en 1774.
Derrière l'invasion anglaise de l'Amérique du Nord, derrière le massacre de ses populations par les Anglais des mensonges et de la brutalité des envahisseurs il y avait cet élan particulièrement puissant propre aux civilisations fondées sur le système de la propriété individuelle. Cette conduite était moralement ambiguë : le besoin d'espace, de terre était un besoin naturel de l'homme. Mais dans des situations de manque, à une époque barbare où l'histoire s'écrivait en termes de rivalités, ce besoin humain s'est transformé en massacre de populations entières. Roger William a écrit que "c'était un appétit malsain pour ces immenses vanités, ombres et rêves de cette vie en voie de disparition, pour ces immensités de terre, pour ces étendues sauvages. C'était comme si les hommes avaient le même désir effréné et désespéré d'acquérir de la terre que celui de pauvres marins malades, affamés et assoiffés rêvant de la revoir après une longue traversée dans la tempête. Ceci est un des Dieux de la Nouvelle Angleterre que le Seigneur tout puissant allait détruire et réduire à la famine." Toutes ces effusions de sang, toutes ces paroles données et non respectées - de Colomb à Cortès, de Pizarro aux Puritains - étaient-elles nécessaires à la race humaine pour passer de l'état "sauvage" à l'état "civilisé"? Morrison avait-il raison de noyer le problème du génocide dans la chaîne bien plus "importante" du progrès?
Des "raisons valables" pour qui?
Peut-être est-ce une raison valable - telle que Staline l'avait invoquée en Union Soviétique lorsqu'il avait massacré des milliers de paysans au nom du progrès industriel, telle que Churchill l'avait utilisée pour expliquer les bombardements de Dresde et de Hambourg, et Truman également pour justifier Hiroshima. Mais comment prononcer un jugement, s'il est impossible de comparer les bénéfices et les pertes lorsque ces dernières ne sont pas publiées ou à peine mentionnées? Les classes supérieures et moyennes des pays vainqueurs et "avancés" peuvent peut-être trouver acceptable ce rapide escamotage des faits mais qu'en pensent les pauvres d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique Latine ou les prisonniers des goulags soviétiques ou les Noirs des ghettos urbains ou encore les Indiens dans leurs réserves, toutes ces victimes de ce progrès qui ne profite qu'à une petite minorité de privilégiés dans le monde?
Au nom du "Progrès"?
Les mineurs et bâtisseurs du rail d'Amérique, les ouvriers, tous les hommes et toutes les femmes qui disparurent par centaines ou milliers, soit par accident, soit pas maladie, sur leur lieu de travail ou à leur domicile peuvent-ils accepter (ou simplement éviter) d'être morts pour le "progrès?" Et même les privilégiés ne peuvent abolir la valeur de leurs privilèges lorsqu'ils sont menacés par la colère des sacrifiés, soit au travers de rebellions organisées, soit d'émeutes spontanées, soit encore par le biais d'actes désespérés, individuels et violents communément taxés de "crimes" par la loi et par l'Etat. S'il est nécessaire de faire des sacrifices pour le "progrès de l'humanité", n'est-il pas essentiel de s'en tenir au principe que ceux qui doivent être sacrifiés doivent l'être de leur propre initiative? Nous pouvons tous décider de renoncer à une partie de nous-mêmes, mais avons-nous le droit de faire périr nos propres enfants ou les enfants des autres au nom d'un progrès qui n'est certainement pas aussi évident que la santé ou la maladie, aussi présent que la vie ou la mort? Qu'est-ce que les Espagnols ont bien pu retirer de toute la violence et de la mort infligées aux Indiens d'Amérique? Durant une très courte période de l'histoire, cela ne s'est traduit que par la gloire de "posséder un empire dans l'hémisphère ouest. comme le dit fort justement Hans Koning dans son livre "Colomb, son œuvre" : "Tout l'or et tout l'argent dérobés puis envoyés en Espagne n'ont guère enrichi les Espagnols. Cela permit simplement à leurs souverains d'avoir un certain poids dans la balance des puissances de l'époque et une occasion d'engager davantage encore de mercenaires pour mener leurs guerres. Guerres qu'ils perdirent malgré tout et qui laissèrent le pays en proie à une inflation mortelle, sa population crevant de faim, ses riches encore plus riches, ses pauvres encore plus pauvres, et la classe paysanne totalement ruinée. Et d'ailleurs, comment pouvons-nous être certains que tout ce qui a été détruit était vraiment "inférieur"?
Qui étaient ces hommes qui se précipitèrent sur la plage et nagèrent à la rencontre de Colomb et de son équipage pour leur apporter des présents? Qui étaient ces hommes qui regardèrent Cortès et Pizarro traverser leur pays à cheval ou ceux qui, de leurs forêts de Virginie et du Massachusetts, virent débarquer les premiers colons blancs? Colomb les baptisa "Indiens" parce qu'il avait mal calculé les dimensions de sa planète. Nous utilisons la même dénomination dans notre livre, avec une certaine gêne cependant, car beaucoup de peuples portent finalement le nom qui leur a été initialement donné par leurs envahisseurs.
Depuis des dizaines de milliers d'années
Il y a cependant quelques raisons de les appeler "Indiens", puisqu'ils seraient venus d'Asie, il y aurait peut-être 25000 ans, par la bande glaciaire qui reliait alors l'Alaska à l'Asie et qui est devenue le Détroit de Béring .
(Pour la rédaction de Nitassinan, il est clair que des peuplements antérieurs datant d'au moins 40000 ans ont été scientifiquement attestés, et que l'hypothèse classique ci-dessus ne constitue qu'un vecteur migratoire tardif et partiel)
Puis ils seraient descendus vers le Sud à la recherche de la chaleur et de terres nouvelles en un périple qui dura des milliers d'années et qui les conduisit d'abord en Amérique du Nord, puis Centrale et en fin du Sud. Les empreintes pétrifiées de leurs pas sont encore visibles au Nicaragua, au Brésil et en Equateur à côté de celles des bisons qui disparurent il y a environ 5000 ans, ce qui prouve que ces peuples venus d'Asie arrivèrent en Amérique du Sud au moins à cette époque-là (au moins, en effet).
Des millions de personnes
Esséminés sur les immenses territoires des Amériques, ils étaient environ 15 à 20 millions lors de l'arrivée de Colomb, dont 5 à 10 en Amérique du Nord. Selon leur environnement, ils y développèrent des centaines de cultures tribales différentes et peut-être jusqu'à 2000 langues différentes. Ils perfectionnèrent l'art de l'agriculture et trouvèrent comment faire pousser le maïs - qui ne pousse pas spontanément, mais doit être planté, cultivé fertilisé puis récolté, égrainé et moulu. Ils développèrent également avec ingéniosité la culture de nombreux autres légumes ou fruits tels que l'arachide, le cacao, le tabac, le caoutchouc, etc.
Les Indiens entreprirent de révolutionner grandement leur agriculture alors que, de leur côté, d'autres peuples, en Asie, en Europe et en Afrique, faisaient de même. Alors que beaucoup de tribus restèrent nomades, à vivre de la chasse et de la cueillette au sein de communautés égalitaires, d'autres commencèrent à vivre dans des communautés plus sédentaires où il y avait plus de nourriture, une population plus nombreuse, plus de divisions dans la répartition des tâches entre hommes et femmes, plus d'excédents pour nourrir chefs et prêtres, plus de loisirs pour les travaux artistiques et sociaux ou pour la construction des habitats.
Sociétés évoluées et civilisations phénoménales
Vers l'an mille avant J.C., alors que des constructions similaires étaient entreprises en Egypte et en Mésopotamie, les Indiens Zuni et Hopi, dans ce qui est aujourd'hui le Nouveau Mexique, avaient commencé à bâtir des villages constitués de grandes maisons en terrasses, nichées le long des falaise ou dans les montagnes, afin de se protéger de leurs rivaux, chaque village comprenant une centaine de pièces. Avant l'arrivée des "explorateurs" européens, ils utilisaient déjà des canaux d'irrigation et des barrages, façonnaient la céramique, confectionnaient des paniers, tissaient le coton etc.
Au temps du Christ et de Jules César, une civilisation de bâtisseurs de tumulus, comme on les appela, s'était développée dans la vallée de l'Ohio où des Indiens élevèrent des milliers de sculptures de terre colossales qui figuraient des humains géants, des oiseaux, des serpents, où étaient des tombes, ou encore des fortifications. L'une de ces dernières avait une cinquantaine de kilomètres de long et entourait une surface de plus de 40 hectares. Ces Bâtisseurs de tumulus semblent avoir été partenaires d'un réseau complexe d'échange d'ornements et d'armes s'étendant aussi loin que les Grands Lacs, le Far West ou le Golfe du Mexique.
Cahokia, métropole de 30 000 habitants
Vers 500 avant J.C., alors que cette civilisation commençait à décliner, une autre se développait plus à l'ouest dans la vallée du Mississippi, à l'endroit de l'actuelle Saint Louis. Cette civilisation a possédé une agriculture très avancée, a construit des milliers de villages et, elle aussi, de vastes tertres en guise de tombes ou de sites cérémoniels près d'une grande métropole indienne qui a peut-être pu compter jusqu'à 30 000 habitants. Le plus grand de ces tumulus avait 30 mètres de haut, avec une base rectangulaire plus grande que celle de la Grande Pyramide d'Egypte. Dans la métropole, connue sous le nom de Cahokia, il y avait des tanneurs, des forgerons, des potiers, des joailliers, des tisserands, des sauniers, des graveurs sur cuivre et de merveilleux céramistes. Une couverture funéraire avait été composée de 12000 perles de coquillages.
Grandeur de la Ligue des Iroquois
Des Adirondacks aux Grands Lacs, dans ce qui est actuellement la Pennsylvanie et le nord de l'Etat de New York, vivaient les tribus les plus puissantes du Nord-Ouest : la Ligue des Iroquois. Cette union comprenait les Mohawk (le Peuple du Silex), les Oneida (le Peuple de la Pierre), les Onondaga (le Peuple de la Montagne), les Cayuga (le Peuple de la pipe) et les Seneca (le Peuple de la Grande Colline), des millier de personnes toutes liées entre elles par une langue commune: l'Iroquois.
Le chef Mohawk Hiawatha avait rêvé que le légendaire Tekakwitha avait déclaré aux Iroquois: "Nous nous lions les uns aux autres en nous tenant les mains si fortement et en formant un cercle si solide que si un arbre venait à tomber il ne pourrait ni l'ébranler ni le briser, de telle sorte que nos gens et descendants continueraient à y vivre en sécurité, paix et bonheur."
Communauté
Dans les villages des Iroquois, la terre était propriété commune et travaillée en commun également. On chassait ensemble et le gibier tué était réparti entre tous les villageois. Les maisons appartenaient à tout le monde et étaient occupées par plusieurs familles. Le concept de "propriété individuelle" de la terre et de l'habitation était totalement étranger aux Iroquois. Selon un Jésuite français qui les avait fréquentés dans les années 1650: "Les hospices ne sont pas nécessaires chez eux car il n'y a ni mendiants, ni pauvres... Leur gentillesse, humanité et courtoisie les rend non seulement libéraux envers ce qu'ils ont mais les pousse aussi à ne presque rien posséder, si ce n'est en commun."
La Femme, centre d'un solide tissu socio-politique
Les femmes étaient d'une grande importance et étaient extrêmement respectées au sein de la société iroquoise. Les familles y étaient matrilinéaires, c'est à dire que la parenté se transmettait par les femmes dont les maris rejoignaient donc les familles de leurs jeunes épouses. Chaque famille habitait une "long house" (longue maison). Quand une femme voulait divorcer elle déposait les effets de son mari devant la porte. Les familles étaient regroupées en clans et une douzaine ou plus de ces clans formait un village. Les femmes les plus âgées du village nommaient les hommes qui représentaient les clans aux conseils villageois ou tribaux. Elles nommaient aussi les 49 chefs qui représentaient les matriclans au Grand Conseil de la Ligue des Cinq Nations Iroquoises. Les femmes assistaient aux réunions des clans, debout derrière les hommes assis en cercle qui parlaient et votaient, et révoquaient ceux des hommes qui oubliaient un peu trop les desiderata des femmes. Les femmes s'occupaient de l'agriculture et des affaires générales du village pendant que les hommes allaient chasser ou pêcher. Et étant donné qu'elles fournissaient les mocassins et la nourriture nécessaires aux expéditions guerrières, elles avaient également leur mot à dire dans les affaires stratégiques. Comme le note Gary B. Nash dans "Rouge, Blanc et Noir", sa remarquable et fascinante étude sur les premiers temps de l'Amérique: "Ainsi le pouvoir était partagé entre les deux sexes et le concept européen de la domination des hommes et de la subordination des femmes en toutes choses était totalement absent au sein de la société iroquoise."
Une éducation non violente
Dans celle-ci, on enseignait aux enfants l'héritage culturel de leur peuple et la solidarité tribale. Ils apprenaient aussi à être indépendants et à ne pas se soumettre à une autorité trop supérieure. On leur apprenait qu'ils étaient tous égaux en droit et à partager leurs possessions. Les Iroquois ne punissaient pas durement leurs enfants ; ils ne tenaient pas spécialement à pratiquer un sevrage précoce, ni à apprendre à leurs enfants à être propres très tôt ; ils les laissaient apprendre progressivement à devenir autonomes. Tout ceci contrastait violemment avec les valeurs européennes telles qu'elles étaient importées par les premiers colons, c'est-à-dire une société de riches et de pauvres, dirigée par des prêtres, des gouverneurs, et par les chefs de famille mâles. C'est en ces termes, par exemple, que le pasteur de la Colonie des Puritains conseillait à ses paroissiens d'éduquer leurs enfants : "Et il est certain qu'il y a en tout enfant un entêtement et une force de caractère découlant d'une fierté naturelle qui doivent être combattus et brisés en premier lieu, afin que les fondements de leur éducation puissent être l'humilité et l'obéissance, vertus auxquelles pourront s'en ajouter d'autres, plus tard."
Voici la description de la culture des Iroquois par Gary Nash:
Grande responsabilité morale
"Avant l'arrivée des Européens, il n'y avait dans les terres boisées du Nord-Est aucun des symboles de l'autorité telle que les sociétés européennes la concevaient : ni lois ou ordonnances, ni shérifs ou agents de la force publique, ni juges ou jurés, ni tribunaux ou prisons...
Bien qu'étant très fiers de leur liberté individuelle, les Iroquois avaient cependant un sens très strict du bien et du mal. Celui qui avait volé la nourriture d'autrui ou avait manqué de courage au combat était "blâmé" par son peuple et banni de la société jusqu'à ce qu'il se fût amendé et ait favorablement démontré sa purification morale."
Des lois spécifiques
Les Iroquois n'étaient pas les seules tribus indiennes à se comporter de cette manière. En 1635, les Indiens du Maryland répondirent en ces termes à l'exigence du gouverneur de lui remettre tout homme coupable d'avoir tué un Anglais afin qu'il fût puni selon la loi anglaise : "Il est de coutume parmi nous, Indiens, lorsqu'un tel incident se produit, de libérer l'âme du mort avec une centaine de mètres de longueur de perles; et comme vous êtes étrangers ici, et êtes venus dans NOTRE pays, vous devriez certainement vous conformer aux coutumes de notre pays, plutôt que de nous imposer les vôtres. Ainsi donc Colomb et ses successeurs n'arrivèrent-ils pas dans un pays "vide et sauvage", mais dans un monde qui, en certains endroits, était aussi peuplé que l'Europe elle-même, où la culture était complexe, où les relations humaines étaient beaucoup plus égalitaires qu'en Europe, et où les relations entre hommes, femmes, enfants et nature, étaient de très loin plus développées et plus harmonieuses que dans n'importe quel autre pays au monde. Les Indiens n'avaient certes pas de langues écrites, mais possédaient leurs propres lois, une poésie et une histoire connues de tous et transmises au moyen d'un vocabulaire oral bien plus riche que celui des langues européennes et entretenu par des chants, des danses, des cérémonies dramatiques. Ils accordaient du soin au développement de la personnalité, à l'intensité de la volonté, à l'indépendance et à la flexibilité, à la passion et à la potentialité, ainsi qu'aux relations entre les individus et avec la nature.
Voici ce que disait de l'esprit indien John Collier, un chercheur américain qui vécut parmi les Indiens
dans les années 1920-30: "Si nous pouvions seulement avoir le même esprit, la Terre serait pour toujours fertile et la paix éternelle." Peut-être y a-t-il une mythologie un peu romantique dans tout cela. Mais les témoignages des voyageurs européens des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles récemment réunis par William Brandon, un spécialiste américain de la vie indienne, concourent tous à la véracité de ce "mythe".
Même si tout mythe est, par définition, sujet à caution, il faut cependant se demander, à propos de ce temps-là comme de celui d'aujourd'hui, si l'excuse du "progrès" pour justifier l'annihilation de certaines races est fondée, et si "l'histoire" telle qu'elle est relatée par les conquérants et grandes nations de la civilisation occidentale est, tout simplement, véridique ou non.
source :
D'après des extraits du livre de Howard Zinn: "A People's History of the United States"
publié par Akwesasne Notes, volume 22/3 (Late Summer 1990)
Traductions de Marc SCHOTT Catherine LETERRIER, Simone PELLERIN et Marianne et Jean-Claude KAPP.
Nitassinan n°30 (1992)
